Hotel Transylvanie

[Interview] Animateurs – Les Créa(c)teurs De L’ombre


 

Cet article a été rédigé par Jean-François Gérard, acteur fraichement revenu de Vancouver, qui a préparé une série d’articles sur l’industrie cinématographique en Amérique du Nord (particulièrement au Canada).

 

ANIMATEURS – LES CRÉA(C)TEURS DE L’OMBRE

Le jeu d’acteur, bien qu’associé par logique aux artistes de la scène et de l’écran, n’est pas la propriété exclusive des comédiens. On le retrouve de temps à autre dans des lieux insoupçonnés, comme chez Sony Pictures Imageworks, le studio d’effets spéciaux et d’animation par ordinateur de Sony, où les animateurs se prêtent parfois à des « références », technique visant à se mettre dans la peau du personnage qu’ils animent. C’est là que nous retrouvons Romain et Laurent, deux animateurs français. Dans le cadre de notre série d’articles sur l’industrie cinématographique à Vancouver, et à l’occasion de la sortie d’Hotel Transylvanie 2 ce mercredi, ils ont accepté de répondre à nos questions. Rencontre avec ces artistes de l’ombre.

Laurent Wach (à gauche) et Romain Digonnet, animateurs chez Sony Pictures Imageworks, posant devant une image d'Hotel Transylvanie

Laurent Wach (à gauche) et Romain Digonnet, animateurs chez Sony Pictures Imageworks, posant devant une image d’Hotel Transylvanie

Être Acteur (Jean-François Gérard) : Romain et Laurent, vous êtes arrivé il y a peu sur la Côte Ouest au Canada. Pouvez-vous nous dire quel est votre parcours et comment vous vous êtes retrouvé à travailler chez Sony ?

Laurent : J’ai fait une école de 3D en France qui s’appelle l’ESRA. C’est à la base une école de cinéma, mais ils ont une option Animation qui est un cursus en 3 ans. A la sortie de cette école, j’ai chopé un stage dans une boite de pub à Paris, puis j’ai été embauché chez TeamTO à Valence. J’ai bossé essentiellement sur des séries télé, ainsi que sur le long-métrage « Gus, petit oiseau, grand voyage ». Tout comme Romain en fait ; on s’est rencontrés chez TeamTO et on a bossé ensemble pendant 5-6 ans. Parallèlement, je suivais une formation sur Internet qui s’appelle iAnimate pour me perfectionner en animation, ce qui m’a permis d’enrichir ma démo, puis j’ai postulé chez Sony et j’ai été pris pour travailler sur Hotel Transylvanie 2.

Romain : En fait, le milieu est assez petit. Tu rencontres des gens dans une boite, puis ils vont aller dans une autre boite ; si celle-ci t’intéresse, que tu cherches du boulot, tu contactes ces personnes, tu leur demandes s’ils cherchent du monde, si tu peux avoir des coordonnées…

L : Les connexions entre animateurs sont plutôt pas mal. On est assez proches, y’a pas beaucoup d’esprit de compétition. On a tendance à être open et à partager.

EA : Et toi Romain, ton parcours ?

R : Moi j’ai fait une école d’ingénieur informatique en France, suivi d’une année d’échange à l’Université de Concordia à Montréal. Pendant cet échange, j’ai pris un cours d’introduction à l’outil 3D en informatique et c’est là que j’ai découvert Maya, l’outil utilisé par la plupart des studios. Il y avait un petit cours sur l’animation et c’est là que j’ai réalisé que j’aimais beaucoup ça. En fait, j’ai fait pas mal de théâtre amateur et c’est ce mélange entre le jeu d’acteur et l’informatique qui me plaisait. Après, j’ai bossé deux ans à Montréal et le soir je lisais des bouquins et des sites web sur l’animation pour apprendre. Je me suis fait une démo et j’ai trouvé un boulot à TeamTO à Valence où j’ai rencontré Laurent et où j’ai bossé pendant 7 ans. Ensuite, j’ai postulé chez Sony et j’ai été pris.

L : Il s’est auto-formé. La classe (rires). Il y a en a pas mal qui s’auto-forment…

R : Oui, il y a plein de trucs sur Internet, c’est assez fou.

L : Je trouve ça assez balèze de le faire tout seul. J’ai pas mal d’admiration.

EA : Est-ce que les français sont reconnus pour leur travail d’animation à l’étranger ?

R : Oui.

L : Apparemment oui…

R : Même si c’est…

L : …mais je ne comprend pas forcément…

R : Moi non plus (rires).

:  Je ne comprends pas très bien. Mais c’est vrai qu’une des premières réactions que j’ai eu de la part des gens que j’ai rencontré chez Sony – essentiellement les américains, australiens, canadiens et néo-zélandais – quand tu dis que tu es français c’est « Oh waw tu dois être trop bon ! ».

R : Je ne sais pas s’il y a tant d’animateurs français que ça qui travaillent à l’étranger. En comparaison, il y a beaucoup plus d’espagnols par exemple. Mais on a la réputation d’avoir de bonnes écoles, comme les Gobelins qui est une des meilleures écoles d’animation au monde. On a des écoles connues ce qui fait que les gens considèrent que les animateurs français sont bons.

EA : Donc vous pensez que la réputation des français est due aux écoles connues surtout ?

L : On a de très bons animateurs aussi.

R : Et il y a le succès de McGuff, le studio français qui a fait « Moi, Moche et Méchant ». Mais dans le métier d’animation, avoir fait une école connue ne va pas t’aider au niveau du recrutement. C’est une réputation qui existe dans les couloirs. Au niveau du recrutement, ils ne regardent que la bande démo et le portfolio.

F : On n’a pas beaucoup de recul là-dessus, mais on nous dit que les français ont, dans la narration, une espèce de style particulier…

R : Je pense que c’est un peu une sorte d’aura qui s’est construite autour de l’animation française et qui est transportée par des écoles comme les Gobelins qui ont leur propre style.

EA : En tant qu’animateur, vous êtes parfois amené à réaliser des « références ». Pouvez-vous nous dire concrètement de quoi il s’agit et comment cela se passe ?

L : En gros, à chaque fois qu’on nous assigne un plan du film, on reçoit des ressources pour nous aider comme l’enregistrement de la voix de l’acteur, une portion du script, le storyboard…

R : Juste pour revenir sur la voix de l’acteur : en France, c’est du doublage ; les acteurs français enregistrent face à l’image. Il y a pas mal de gens qui ne le savent pas, mais ici, pour la version originale, nous recevons toujours les voix des acteurs avant l’animation.

L : On ne pourrait pas animer sans ça, c’est vraiment très important. Et il y a plein de choses qui passent par la voix de l’acteur ; l’attitude, l’émotion qu’il essaye de transmettre… On tente de s’imprégner de ça pour ensuite faire une référence en se mettant dans la peau du personnage et en reproduisant un jeu d’acteur qui correspond à ce qu’on a envie de transmettre le plus clairement possible.

R : Concrètement, tu te mets dans la salle de référence, tu lances le son avec la voix de l’acteur – personnellement je le mets en boucle, mais chacun a des façons différentes de le faire – tu t’imprègnes de l’état dans lequel est l’acteur, ce qu’il dit… Ensuite, tu lances la caméra pour te filmer et tu fais 20, 30… 40 prises en train de le jouer. Tu essayes des trucs différents pour avoir une panoplie de façons de le jouer la plus large possible. Après, tu prends tout ça, tu étudies et tu choisis les morceaux qui te plaisent, et tu déconstruis tout.

L : Contrairement au travail d’acteur, l’animateur a pas mal de libertés dans un premier temps. On n’a pas forcément énormément de directives de la part du réalisateur ; on a juste le cadrage, le décor, et après on peut explorer les idées du comment on a envie de le jouer. Du coup, ça nous laisse le champ pour être créatif.

R : Ça dépend des réalisateurs aussi car parfois il y en a qui sont plus précis sur ce qu’ils veulent.

 

La salle de références est équipée d'un miroir pour permettre aux animateurs de se regarder lorsqu'ils se mettent dans la peau d'un personnage 

La salle de références est équipée d’un miroir pour permettre aux animateurs de se regarder lorsqu’ils se mettent dans la peau d’un personnage

EA : Un travail d’acteur en quelque sorte ?

R : Oui. Quand tu écoutes ton son, tu imagines déjà comment le personnage bouge et ça va te donner des idées. La première fois que tu vas t’enregistrer, tu vas reproduire ces choses là, et après il faut essayer de faire comme un véritable acteur, de juste le vivre pour essayer d’avoir des petits trucs en plus.

L : C’est vrai, c’est super important dans le travail de référence. C’est pour ça qu’on fait 20, 30, 40… parfois 100 prises. Il faut préparer beaucoup au début pour s’imprégner des phrases, mais la bonne prise va commencer à venir quand ce sera naturel et qu’on aura plus besoin de mémoriser ou de réfléchir à ce qu’on va faire.

R : Après, c’est important de préciser que c’est notre façon à nous de travailler et tous les animateurs travaillent de façon très différente. Il y en a qui ne font pas de références et qui ne font que des dessins de poses qu’ils imaginent intéressantes, etc. Il n’y a pas une façon qui est mieux que l’autre ; il y a plusieurs façons d’approcher son plan.

EA : Le travail de référence n’est donc pas obligatoire, mais c’est un outil pour vous aider ?

L : Oui, c’est ça. Ça va aussi varier selon le style du film. C’est à dire que plus le style du film sera réaliste ou semi-réaliste, et plus tu vas être tenté de faire des références.

R : Et plus tu vas t’y coller. Quand tu fais des références, tu étudies ta performance sur la vidéo et tu choisis des positions intéressantes ; tu vas pousser encore plus loin ton personnage et faire des poses plus expressives avec plus de dynamisme que ce que tu as filmé.

EA : C’est une source d’inspiration en quelque sorte ?

R : Oui. Et pour certains plans où tu as une physique très réaliste, tu vas t’y coller vachement et étudier comment tes hanches passent d’un point d’appui à un autre par exemple, alors que pour un film plus cartoon c’est moins le cas. Tu prends des références dans deux cas : pour un jeu d’acteur que tu essayes de retranscrire ou pour une mécanique où tu te demandes comment c’est possible – par exemple quelqu’un qui saute, ou quelqu’un qui pousse quelqu’un d’autre. Dans ce cas-là, tu peux venir avec une autre personne et filmer la référence avec elle. Tu ne fais pas des références pour tous tes plans et il y a des gens qui n’en font jamais. Si le réalisateur ne demande pas à voir de références, tu fais ton travail comme tu veux tant que ça marche.

EA : Quels sont les projets sur lesquels vous avez travaillé dernièrement ou ceux sur lesquels vous êtes actuellement ?

R : Laurent est arrivé sur Hotel Transylvanie 2 et il est maintenant passé sur Angry Birds. Quant à moi je suis arrivé directement sur Angry Birds.

EA : Pouvez-vous justement nous dire quelques mots sur Hotel Transylvanie 2 qui sortira ce mercredi en salles ? Quelle est l’histoire de ce volet ?

L : Il me semble qu’il y a 3-4 ans qui s’écoulent entre les deux volets. Les personnages de Mavis et Jonathan reviennent à l’Hotel Transylvanie après avoir parcouru le monde, se marient et ont un enfant – le petit Dennis – pour le plus grand bonheur de Dracula. La question qui va se poser c’est est-ce que son petit-fils tient plus de l’humain ou du vampire ? Et Dracula compte bien faire ressortir les instincts de monstre de sa descendance…

 

angry birds

Angry Birds, basé sur le jeu vidéo, sortira l’été prochain sur nos écrans

Sony Pictures Imageworks – à ne pas confondre avec Sony Pictures Animation – est un studio d’effets spéciaux et d’animation par ordinateur de Sony Pictures Motion Picture Group.

La compagnie, basée à Vancouver au Canada, est connue pour son travail sur des films tels que Alice au Pays des Merveilles, Les Gardiens de la Galaxie, Captain America : Le Soldat de l’Hiver, The Amazing Spider-Man, Le Monde Fantastique d’Oz, Le Monde de Narnia, et plus récemment Hotel Transylvanie 2.

La division Imageworks travaille actuellement sur Angry Birds, un long-métrage d’animation basé sur le jeu vidéo éponyme, dont la sortie est prévue pour 2016, ainsi que sur Get Smurfy, long-métrage animé mettant en scène les Schtroumpfs et prévu pour 2017.

 

Hotel Transylvanie

Hotel Transylvanie 2 sortira en salles ce mercredi 7 octobre 2015 en France et en Belgique


 

Jean-François Gérard

Jean-François Gérard

Jean-François commence sa carrière en Europe où il étudie avec Jack Waltzer et Vernice Klier, ainsi qu’avec d’autres coachs internationaux.

Il suit les Cours Florent à Paris où il étudie l’art dramatique en français et en anglais, et obtient son premier contrat en 2010 dans le doublage alors qu’il tourne en parallèle des courts-métrages. Il poursuit par la suite le cursus Arts de la Scène offert par le Conservatoire du 9ème arrondissement.

Contacté en 2012 par un producteur, Jean-François obtient un petit rôle dans le long-métrage américain « Shadow People », avec Robert Dallas (The Walking Dead) et réalisé par Matthew Arnold. En 2014, il décroche le rôle d’un hipster dans « Puerto Ricans in Paris », avec Luis Guzman (How to Make It in America, Voyage au Centre de la Terre 2 : L’Île Mystérieuse) et Alice Taglioni (Paris-Manhattan).

Il travaille sur de nouveaux projets, aussi bien en voix qu’en écriture et en cinéma.

http://twitter.com/JFrGerard


 


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