Interview de Jérôme Lescure, réalisateur du film A.L.F

La condition animale et la protection des animaux sont des sujets qui me touchent beaucoup, étant moi-même végétarien. Quand j’ai appris qu’un film avait été fait sur le sujet, et qu’en plus il avait été sélectionné dans de nombreux festivals internationaux où il gagne de nombreux prix, j’ai voulut en savoir plus et j’ai contacté le réalisateur pour une interview.

Jérôme Lescure m’a donc accueillit un samedi après-midi, à Belleville, à côté des locaux de l’association Bourdon où sont organisées des adoptions de chats et chatons. L’homme est engagé, il laisse ses chats un moment pour répondre à mes questions.

Son film s’appelle A.L.F pour Animal Liberation Front (Front de Libération des Animaux). Il sortira en France le 7 Novembre.

 

Est-ce que tu peux raconter dans tes mots l’histoire d’ A.L.F le film ?

Je retrace l’histoire des dernières 24h de 7 militants de la protection animale. C’est un film choral donc on suit chaque personnage du matin jusqu’au soir.
Et en parallèle, on voit ce qui s’est passé deux jours plus tard, l’arrestation du militant, le leader du groupe, et je montre le huis clos entre le flic et ce militant pendant la garde à vue. On voit comment ce flic qui au début est assez austère, assez dur avec lui, arrive à avoir quand même cette ouverture d’esprit pour se rendre compte qu’il n’a pas un délinquant comme les autres en face.
Au fil de ce huis clos, on découvre qu’il a une certaine empathie, un certain respect pour ce garçon alors que Franck (le militant), lui, est en garde à vue et fait tout pour tenir le coup.

Donc le film s’entrecoupe entre la journée du 24 décembre et le 26 et 27 decembre, l’arrestation de franck et ce huis clos assez pesant et austère dans ce commisariat.


A.L.F. – BANDE ANNONCE par jeromelescure

Pourquoi le 24 décembre ?

D’une part, souvent les cambrioleurs agissent le 24 parce que c’est le moment où tout le monde est en famille, la vigilance est un peu relachée au point de vue sécurité et puis après c’est un symbole : alors que certains vont réveillonner, d’autres libèrent des animaux. Ca montre leur détermination, leur engagement, ça montre qu’ils font passer leur cause avant leur propre famille.
Dans le film, on ne l’explique pas. J’explique pas non plus ce qui s’est passé avant. C’est surement parce que ces militants ont décidé que c’était le moment le plus propice pour intervenir.
Pour moi en tant que scénariste, c’est à la fois un symbole pour marquer le coup, et stratégiquement c’est un des soirs où la vigilance est un peu plus relâchée, surtout dans un centre d’élevage pour la vivisection. On ne se doute pas que quelqu’un va forcer pour voler des chiens.

Qu’est-ce que l’organisation A.L.F ?

A.L.F n’est pas une organisation, ce n’est pas un groupe hyerarchisé avec un leader. Ce sont des groupuscules internationaux à travers le monde.
A.L.F c’est une idée.
Le mouvement a été créé en 1976 par un militant activiste qui s’appelait Ronnie Lee. Il faisait pas mal de commandos de libération animale et signait ces 3 lettre A.L.F, Animal Libération Front. Ca a été médiatisé, le mouvement s’est agrandi, mais y’a pas de leader, c’est pour ça que la police ne pourra jamais rien faire contre eux. C’est une idée et tout le monde peut se l’approprier.
Ce sont des groupuscules indépendant et y’en a des milliers. Certains font les choses proprement et intelligemment, d’autres font n’importe quoi.
L’ALF c’est une idée, c’est un mouvement. C’est la libération animale en général et tout le monde qui libère des animaux peut s’approprier ces trois lettres, et signer A.L.F à chaque commando.

En savoir plus sur l’A.L.F sur Wikipédia

L’A.L.F est souvent accusé d’être très violent, et ça m’a fait penser au film l’armée des douzes singes où justement un tel groupuscule est accusé d’être responsable de la fin de l’humanité.

Si tu veux les médias parlent systematiquement de tout ce qui va etre violent, la destruction de bâtiments et de materiel, mais ils ne médiatiseront quasimment jamais les commandos propres, c’est à dire ceux où on va chercher les animaux, on les place intelligemment, sans faire de vagues, sans faire de bruits, sans détruire, sans faire de mal a autrui et en restant pacifique. Donc les gens se font une idée automatiquement et se disent que ces groupuscules sont des gens ultra radicaux.
En meme temps, ça apporte pas mal de crédit aux politiciens, aux lobbies puisqu’ils se servent de ça pour faire sortir des lois et dire que c’est des groupuscules eco-terroristes. En angleterre, ils sont classés juste en dessous d’Al Qaida. C’est vraiment hallucinant d’entendre ça alors que la plupart, pour moi 80% de ces gens là, font des libérations propres et ne font de mal a personne.
C’est ce que je voulais démontrer aussi dans mon film, que ce sont des gens comme toi et moi qui par amour et par empathie pour les animaux, décident de franchir la ligne rouge.
Dans mon film j’ai ajouté un petit peu de piment. A un moment Franck va chercher un fusil à pompe chez un mec un peu étrange et il exige qu’il soit déchargé. Il est pris un peu dans un étau. Il emmene un fusil à pompe, certes, mais c’est parce qu’il s’est rendu compte trois semaines avant qu’un vigile avait été mis en place dans ce centre d’élevage de chien.
Soit ils annulaient l’action, soit ils emmenaient un objet pour dissuader le gardien sans lui faire de mal bien sûr.
Ils sont ultra perturbés, ils ont vachement peur pour cette action. Dans le film, au fur et à mesure du récit, on les voit vraiment contrariés. C’est pas un soir comme les autres, c’est pas une action comme les autres. Là ils emmènent l’objet pour dissuader un gardien et ça leur pose vraiment probleme.
Même l’avocat de Franck dans le film lui dit « voilà t’es plus un militant maintenant, t’es passé de l’autre côté et là y’a d’autres règles ». C’est tout à fait ça et il en étaient conscient, mais ils ont dû le faire parce que sinon ils annulaient l’action et ils laissaient les chiens partir à la vivisection.

Que deviennent les animaux après ces actions ?

Le plus dur à chaque liberation que ces activistes font, c’est de savoir où placer les animaux bien évidemment. Dans le film, on comprend que les animaux vont être placés dans une ferme un peu clandestine et qu’ils seront dispatchés à droite et à gauche. Certains vétérinaires enlèveront leur puce d’identification et certains animaux partiront même dans des pays étrangers comme l’Allemagne, la Belgique et ailleurs.
Chaque groupuscule a un peu sa méthode d’action. Un commando réussi, c’est un commando où tu sauves l’animal et tu le fait disparaître dans un réseau en sachant que l’animal sera bien et qu’il vivra sa vie dans le bonheur.

 

Ta carrière artistique est très liée avec la souffrance animale, c’est quoi pour toi la connexion entre ta sensibilté artistique et la souffrance animale ?

Moi j’ai une passion, c’est le cinema. Je veux faire du cinema depuis que je suis petit. Et j’ai ma vie, ma vie c’est les animaux. Ca fait partie de moi, c’est quelque chose que je ne peux pas ignorer. Donc il faut savoir mettre en alliance sa passion, ce qu’on sait faire, au profit de sa cause. Donc je me suis dit : maintenant il faut faire des films, et il faut montrer la réalité en face.
J’ai un grand respect à l’image. L’image est une arme ultra-mega-efficace pour moi et ca peut changer beaucoup de mentalités. Donc je continuerai.
Je ne fais pas que ça, j’ai d’autres projets en cours, apres A.L.F, j’attaquerai un long métrage, une comédie; mais toujours je reviendrai à la protection animale et je ferais toujours, de temps en temps, des films pour la protection animale. Je serais toujours militant de toute façon.
Par exemple, plus tard, j’ai un projet de documentaire sur la corrida pour vraiment dénoncer tout l’aspect tauromachie et tauromafieux. Aussi bien interviewer des pro-taurains, parce qu’il faut connaître aussi leur avis, savoir pourquoi ils ont cette passion et savoir pourquoi ils aiment à ce point le sang, des aficionados, des vétérinaires, etc.  J’ai vraiment envie de faire un documentaire, peut-être un 90 minutes, sur la tauromachie en générale mais tout en dénonçant et en cassant tout ce qu’ils disent parce que tout ce qu’ils disent est mensonge, calomnie et truandisme. Y’a que dix à quinze têtes en france qui s’enrichissent , les autres sont toujours en perte, c’est le contribuable qui paie la plupart des déficits dûs aux corridas, donc tout ça c’est important de le savoir. Je vais aussi interroger des economistes.

Et je vais montrer bien sûr aussi la réalité du taureau du point de vue éthique, ce qu’il ressent réellement dans l’arène et comment il est préparé avant d’y rentrer.

 

Pour ton premier film Alinea 3 sur la corrida, tu disais que tu arrivais à te couper de ta sensibilité pour te concentrer sur le cadrage.

La sensibilité y est toujours mais c’est une concentration à avoir. Hors réalisateur, j’ai été militant depuis l’age de 15 ans. J’ai été enquêteur dans les abattoirs pendant 2 ans, j’ai fait pas mal de sauvetages, j’ai vu pas mal d’horreurs, donc t’arrives à te couper, evidemment il faut.
En l’occurence pour Alinea 3, j’étais ultra concentré dans la voiture qui m’emmenait pour filmer ces horreurs, j’ai filmé la torture de 31 taureaux.
L’important c’est le cadre, c’est de pas se faire choper aussi parce qu’a l’entré des arenes, t’es fouillé, donc je cachais la caméra dans une serviette de bain et quand ils fouillaient le sac, je montrais la serviette, en disant « voilà j’ai une serviette », et ils regardaient le sac. Ils sont pas fut fut là bas déjà donc c’est assez facile. Je remettais la serviette dans le sac et j’allais au milieu des aficionados, derrière les barreras, et puis je sympathisais avec les mecs et je sortais au culot carrement le truc. Je disais que j’étais un artiste peintre et qu’après je faisais des tableaux par rapport à mes vidéos. Bon ça vole pas haut c’est facile de les embrouiller. Après bien sûr, c’est le cadrage, rester concentré sur le cadrage et filmer, c’est triste, mais un maximum d’horreurs pour pouvoir ramener de la matière.

Donc pendant la corrida ça allait. C’est après, au retour et surtout une fois que tu regardes tes rushs pour faire un premier bout à bout, et que tu revois réellement tout ce qui s’est passé. Là, c’est vraiment les sales moments, c’est très très dur. Quand t’es dans l’arène, t’entends tout, t’entends aussi bien le sabre, l’épée, le pitador s’enfoncer dans la chair, t’entends ce bruit, ça fait un bruit assez spécial, t’as l’odeur du sang, des fois t’as des taureaux qui étaient là au mur, très près de moi et j’étais vraiment tout devant, et tu sens cette odeur de sang qui est vraiment désagréable. Et voilà, c’est quand tu revois ce que t’as filmé que tout te revient à la tête. C’est le plus dur d’ailleurs.

Justement, cette capacité à se couper de sa sensibilité, est-ce que c’est pas ça qui permet aux gens dans les abattoirs et dans les labos de travailler.

Non, pas du tout, ça n’a rien à voir. Moi je me coupe tout en étant très sensible, pour une mission bien précise, eux c’est routinier. Ils font ça tous les jours. Donc obligatoirement, ces personnes, et je les ai vu dans les abattoirs, les tueurs, ils ont un manque de sensibilité. C’est un manque de sensibilité totale ! Ils y vont en sachant ce qu’ils font et ils n’ont vraiment aucune sensibilité. Vraiment comme des tueurs en série qui pourraient égorger une fillette et après te parler normalement de ce qu’ils ont fait. Pour moi c’est la même chose, c’est des gens qui vont tuer, égorger des dizaines et des dizaines d’animaux, des veaux, des bovins, des chevaux chaque jour, et ils t’en parlent normalement. Je les ai vus, j’ai vu leur regard, j’ai eu pas mal de problèmes avec ces gens là, et non, ils ont quelque chose en moins dans la tête quoi, tu peux pas faire ça tous les jours. Y’a des psychiatres qui ont vachement étudié le cas de ces gens là, et d’une ils ont une sensibilité en moins, et de deux, à force d’égorger, à force de voir le sang couler, ça leur developpe des pathologie anormales dans la tête.

Dans tous les abattoirs il y a des cas de maltraitance. Y’a pas un abattoir qui est propre, beau. Les abattoirs bio ça n’existe pas. Souvent on achète la viande bio, certes à l’élevage l’animal a moins souffert, mais l’abattage est le meme. Ils vont dans les meme abattoirs que les autres, ils ne vont pas ailleurs.
Donc y’a des cas de maltraitance, des gens aigris, que ce soit des maquignons, des paysans ou compagnie. C’est terrifiant. Ce que j’ai vu dans les corridas, c’est presque rien par rapport à ce que j’ai vu dans les abattoirs. J’ai vu des trucs completement ignobles. Que ce soit les animaliers dans les labos, ou les employés dans les abattoirs, chaque probleme ils le retranscrivent et ils se défoulent sur les animaux.
Dans Earthlings (Un documentaire sur la condition animale, avec Joaquin Phoenix à la narration : http://earthlings.com/on le voit énormément. C’est pas des cas à part, non c’est partout pareil, et dans les elevages privés on sait pas ce qui se passe mais j’suis sur que y’a des horreurs terrifiantes quoi .
Ca te fait pas évoluer, au contraire et ça développe ton agressivité quand tu égorge tous les jours pendant 7 à 8 heures. Apres l’animal n’a plus d’importance a tes yeux, c’est un morceau de viande quoi. C’est un objet et c’est ça qui est terrifiant.

Pour toi, dans un monde idéal, quelle relation on pourrait avoir avec les animaux ?

Le monde idéal, c’est déjà leur foutre la paix. C’est notre planète, donc on est maintenant dans le devoir, puisqu’on a déjà tout colonisé, de leur apporter notre soutien et de les protéger. C’est d’avoir des fermes de retraites pour animaux, de devenir tous végétaliens, de ne plus exploiter les animaux et de trouver des solutions pour éviter la souffrance de quiconque, que ce soit humain ou animal.
Ça c’est le monde idéal, mais à l’heure actuelle et en étant cohérent, y’en a pas de monde idéal et y’en aura jamais par rapport à ce que j’aimerais que ce soit, enfin pas de mon vivant c’est sûr.

Donc c’est limiter les dégats et faire changer les mentalités, surtout au point de vue alimentation.
Regarde t’es végétarien, j’suis végétalien, on vit très bien. J’pète la forme, y’a pas de soucis, j’peux enquiller 10-18 heures de tournage sans problème, j’ai pas de carences, j’ai pas de vertiges, j’suis relativement normal, j’suis pas maigre.
Il suffit de bien s’alimenter et de développer tout ce qui est alimentaire, tout ce qui est steaks végétaux, etc. Si on s’y était pris 50 ans en arrière, si on avait cherché d’autres solutions, on aurait des fast food vegans qui seraient délicieux. L’humain est assez intelligent pour reproduire ce qu’il veut et trouver toutes les solutions possibles et imaginables.
C’est mon objectif, faire changer et contribuer a faire changer les gens dans cette voie. Mais il n’y a que le public, le peuple qui pourra faire changer ça. Ce sont eux qui décident.
Se cacher et laisser faire, c’est armer le bras du boureau. Ceux qui font le mal c’est ceux qui savent et qui laissent faire. Donc c’est à nous, moi par le biais de mes films de faire changer les mentalités. Un écrivain par le biais de ses livres etc. Si on s’y met tous, enfin une bonne partie, on pourra faire changer pas mal de mentalités.
Et on commence à voir que les mentalités changent, même dans le militantisme. Maintenant on voit de plus en plus de jeunes dans les manifestations.
On voit aussi le changement dans les supermarchés et les biocoop. On sent les évolutions. C’est lent, surtout en France, pays des gastronomes. Mais dans d’autres pays c’est beaucoup plus développé que nous.

 

Une de tes citations préférées c’est : « Même si un samourai a la tête tranchée, il doit encore être capable d’accomplir une action avec assurance. Celui qui devient semblable à un fantôme vengeur, et témoigne d’une grande détermination, même s’il a la tête tranchée, celui-là ne devrait pas mourir ».
Ça veut dire quoi pour toi cette citation ?

Même après la mort tu reste un guerrier. Ça vient du hagakuré, le livre des samourais. C’est un peu ma bible. C’est une des citations que je respecte. J’admire cette philosophie. Affronter la vie, tes projets et tout ce qui t’entoure de cette façon, je pense que c’est la plus honorable.
Y’avait une tres belle citation, que j’avais vu dans un documentaire et qui devait être dans ALF. C’etait un documentaire sur un kamikaze qui avait écrit ce poème à sa mère : même si on me coupe les bras, je combattrais avec les jambes, même si on me coupe les jambes, je combattrais avec mes dents, et le jour où je n’aurais plus un souffle de vie en moi, je combattrais avec mon fantôme.
C’est la détermination extrême, c’est a dire que quoi qu’il arrive, le combat continue et continuera toujours. C’est continuer quoiqu’il arrive, et personne te mettra à genoux. C’est l’esprit du bushido, l’esprit samouraï.

Tu pratiques toi-même les arts martiaux ?

Jai pratiqué pendant plus de dix ans. J’ai commencé le karaté à 11 ans jusqu’à l’âge de 23 ans. Après j’ai eu des blessures tout ça et j’ai dû stopper un peu ma carrière. En même temps j’faisais de la boxe americaine, full contact. Je m’entrainais tous les soirs, samedi, dimanche, j’étais très assidu à l’entrainement. Mon professeur, José Champavert a une philosophie un peu comme celle ci. C’est quelqu’un qui arrêtait l’entrainement quand il voyait une araignée par terre, il stoppait, il la prenait avec un papier et allait la déposer dehors.
Il a été un peu un deuxième père spirituel, il m’a appris beaucoup de choses, et j’ai grandit, avec cette philosophie du samouraï. Ça m’a toujours passionné. Le Hagakuré, c’est vraiment les préceptes de la vie, ce qu’on devrait mettre en place. Même si je respecte pas tout à la lettre, c’est un livre d’une grande sagesse.

A.L.F a eu de nombreuses sélections officielles dans les festivals internationaux.

Oui on en a 18, on dévoilera la 18eme en octobre, c’est un gros festival à l’étranger, au mexique qui nous demande de ne pas le dévoiler avant le 8 octobre.
On a gagné un Golden Ace Award à Las Vegas, c’est le premier prix qu’on a eu. Après à Los Angeles, on a gagné 4 prix : le prix du meilleur film, le prix du meilleur scénario, le prix du meilleur acteur pour Alexandre Laigner, le prix du meilleur second rôle pour Jean-Pierre Loustau. On a remporté à Blue Whiskey le grand prix du jury, c’est le plus grand prix qu’on peut avoir dans ce festival, le prix du meilleur film, et le prix du meilleur acteur encore pour Alexandre Laigner. Et à Napperville, là on est nominés aux prix du meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur et meilleur actrice. Meilleur acteur pour Alexandre Laigner et meilleure actrice pour Alice Pehlivanyan. Une comédienne aussi militante d’ailleurs, c’est la seule du groupe qui était réellement militante. C’est une très bonne commédienne, j’espère qu’elle aura quelque chose.

 

Pourquoi un tel engouement aux Etats-Unis ?

Ils aiment bien le style français et c’est vrai qu’à part Salento en Italie, et le festival au Mexique, c’est tout aux Etats Unis. On attend encore beaucoup de réponse, notamment en Allemagne.
Il y a énormément de Festivals aux Etats Unis, chaque état a son propre festival, des villes comme New York, comme Chicago, les grosses villes Cincinnati, Los Angeles ont plusieurs festivals aussi, puis ils sont très cinema les américains.
Les américains aiment ce film, je sais pas pourquoi pour l’instant mais y’a un très bon retour des Etats-Unis, ça c’est sur. On espere avoir quand meme d’autres continent, l’Australie par exemple.

Pour l’instant il a été au delà de nos esperances. En termes de festivals, on aurait été contents avec 5 ou 6 sélections officielles, c’est déjà un gage de qualité. Là y’en a pas mal, et puis surtout on gagne des prix pour l’instant et c’est pas fini parce qu’on attend encore pas mal de réponses d’autres festivals en Septembre – Octobre, donc voilà on touche du bois.

Et en France ?

On l’avait inscrit à 6 festivals français, Cannes on a pas été reçu, c’est un peu spécial Cannes; et les Arcs non plus on a pas été reçus. Donc maintenant on attend les autres. Mais on aimerait avoir quand même un festival français, c’est important.

 

Depuis cette interview, A.L.F a été nominé pour le meilleur film au festival international d’Ionan en Grèce et a remporté le prix du mérite au festival international de Lucerne (Suisse). Il a été également nominé au Okanagan International Film Festival (Canada) et a remporté les prix du meilleur film et meilleur acteur au festival international de Salento (Italie).

 

 

Comment t’as travaillé avec les acteurs pour la préparation et pour le tournage ?

Pour la condition, c’était primordial qu’ils voient Earthlings pour qu’ils sachent où ils allaient aller. Pareil pour la cantine, j’avais fait venir un cantinier végétarien pour faire de la bouffe végétarienne. Le maquillage pareil, les maquilleuses ont utilisés des produits de marque couleur caramel, non testé sur animaux.
Earthlings a mis un gros coup de pelle dans chaque gueule et ils ont tout de suite compris la où ils mettaient les pieds.
Pour les choisir, j’ai fait passer des castings. J’ai à la fois choisi celui qui correspondait au rôle, et à la fois celui qui avait quand même cette sensibilité. Y’en a qui étaient bons, mais tu sentais que le sujet, ils s’en foutaient. Donc j’ai refusé de les prendre parce que je voulais pas, pour ce projet bosser, avec eux. J’ai eu de bons comédiens, après chaque cas est particulier.
Chaque acteur de toute façon est différent. Y’a des acteurs qui sont un peu plus durs a diriger et qui comprennent moins les choses que d’autres.
Alice Pehlivanyan, qui a été nominée, elle comprend tout de suite. Tu dis voilà ce que je veux, elle te dit oui, et tu as ce que tu veux.

Maxime Lecluyse, qui joue le rôle de Marco, vient beaucoup du One man Show, de la comédie. C’était son premier rôle dramatique. Il a un rôle de protecteur envers sa femme qui a très peur. C’est un couple de tapissier dans le film et il est constamment en train de la rassurer, il est très protecteur et tout à la fois ultra flippé.
On le voit a un moment dans une scène. Il est dans les toilettes, on le voit vomir, puis il se passe de l’eau sur la gueule. Il se regarde dans la glace et il se répète : « ça va aller, ça va aller ». On le voit dans la bande annonce. Il est plus flippé que sa femme mais il ne le montre pas. Il est toujours en train de la rassurer parce qu’elle est vraiment pas bien avant son premier commando.
Donc je lui ai beaucoup parlé avant le film. Les premiers jours, ses premières séquences sur le plateau, il avait encore ses petites mimiques du One Man Show. Tu sentais qu’il venait de la comédie. Je lui ai reparlé, je lui ai expliqué . Le contact est très bien passé avec lui, il a vite compris et après il a été bon et rassurant. Il a fallut 2-3 prises. A chaque prise je lui parlais seul à seul. Je lui expliquais, je lui montrais, je le jouais aussi devant lui et voilà ça a été très bien. Il a compris tout de suite comment s’adapter et il a vraiment aimé changer de registre aussi. C’est bien pour lui aussi, pour sa carrière.
D’autres sont beaucoup plus difficiles à gérer. Ils sont adorables, mais y’en a qui sont assez durs à gérer sur un plateau.

Ca veut dire quoi « dur à gérer sur un plateau » ?

Dur à gérer : on a vu et revus, on a fait des répétitions avant le tournage et un comédien arrive sur le plateau avec une idée de génie. J’en veux plus d’idée de génie, c’est avant qu’il fallait proposer. Je suis ouvert, je donne le scénario à mes comédiens pendant quelques mois, j’accepte de changer un dialogue tant que ça reste dans la lignée de ce que je veux dire.
Donc une fois que le tournage commence, j’admet pas qu’on vienne sur le plateau en disant : « écoute j’ai réfléchit cette nuit, je pense qu’on pourrait faire ça comme ça « . Y’en a qui m’ont assez pris la tete la dessus et qui se permettaient même de changer les répliques de son partenaire.
C’est des discussions, et le temps tourne, et plus tu discutes, plus tes plans sautent. Des fois je parlais pendant une demi heure, trois quarts d’heure pour essayer de les raisonner. Trois quarts d’heure, c’est un parfois deux plans qui sautent.
Avec en plus les problèmes techniques et les techniciens à gérer, ça fait beaucoup.
Dans le découpage technique t’arrives avec 12 plans, t’as 2 séquences dans la journée, t’as 12-15 plans en tout, tu ressors t’en a fait que 6 à la fin de la journée. Ce film il a été tout le temps comme ça.

On n’avait qu’un mois pour tourner, c’est très court. Un film choral comme celui ci avec autant de personnes et de décors, c’est deux mois, minimum. On avait très peu de budget. On pouvait pas se permettre d’erreurs.
T’as une angoisse terrifiante à voir partir tes plans chaque fois, parce que tu te dis : « Je ne suis plus en train de faire le film que je veux faire. Je vais être obligé de faire du bricolage constamment au montage ». Y’en a eu beaucoup, j’ai passé 10 mois au montage.
Des fois, j’avais un découpage pour une séquence de 6-7 plans, je faisais 1 plan séquence. Parce que y’avais des coupures de courant, plus tous les petits problemes à côté, et ça saute. T’es déjà à 15-16 h de tournage, faut que l’équipe aille dormir. Et tu sais que le lendemain, ce sera plus la meme séquence. Des fois, je revoyais le découpage technique avec ma script deux heures avant, sur le plateau, parce qu’on savait que y’avait tel problème qui était arrivé et donc il fallait refaire tout le découpage technique en 2 heures.
Je sais que j’ai pas fait le film que j’aurais voulut faire réellement, j’ai pas honte de le dire. J’ai fait mon long metrage, je suis content, je suis fier mais des problemes y’en a eu. C’était un tournage ultra stressant.

Ca demande beaucoup d’engagement du coup de la part de l’équipe technique et des acteurs.

Oui je remercie toute l’équipe, ils ont été fabuleux. Sur tout le tournage , y’a qu’un électro qui est parti. Après y’a eu des départs accidentels, une crise d’épilepsie, des gens qui sont tombés dans les pommes, des gens qui ont fini à l’hosto. Y’en a qui ont pas tenu. Avec la prod en général, on les a relativement bien poussés à bout, surtout une semaine qui était particulièrement dure.
C’était quand on a tourné en Normandie. On était dans une ancienne ferme, avec pratiquement pas de chauffage. C’était en Février, froid et pluie tout le temps. Ça fait cramer les tonneaux électriques où on branchait nos trucs, les projo cramaient, tout cramait. On n’avait plus de lumière, en plus c’était tout des plans de nuit là bas.
On tournait en Red ONE avec l’ancien capteur qui montait à 300 iso. Donc il faut sur éclairer pour avoir une lumière à peu près correcte. Maintenant les nouveaux capteurs de la Red c’est 1600 iso, donc on peut se permettre de filmer avec des lumières assez faibles.
Et là on avait les anciens capteurs de la RED. D’où beaucoup de plans serrés puisqu’on pouvait plus faire les plans larges exterieurs où on voyait le camion arriver, partir, puisqu’il faut suréclairer mais y’avait plein de truc qui avaient cramé . Donc j’me retrouve avec les plans extérieurs camion où je suis en gros plan sur le visage du militant parce qu’on avait juste assez de lumière pour éclairer son visage.
On tournait bien 18 heures par jour en normandie, on se couchait à 8h du mat, on avait tourné toute la nuit en attaquant à 14h, le temps de tout préparer. Tu te couches à 8h du mat, tu dors 2-3 heures et tu rattaques. C’était un rythme assez dur, on était dans la boue, et on dormait sur des matelas pneumatiques qui se dégonflaient toutes les nuits, donc tu te retrouvais dans l’eau parce que toute la ferme était inondée. C’était horrible. On ressemblait plus à rien après.
C’était pendant les fameuses tempetes en 2010, on est tombés pile la semaine où il fallait pas tomber. Alors qu’avant il faisait froid, le sol dur, c’était glacé, on aurait préféré et après il faisait beau. On est tombés la seule semaine où il faisait froid et pluvieux, le décor était inondé…
La Normandie, c’était un enfer sur tout, tous les jours.

Là tu comprends qu’ils tiennent parce que y’a quand même eu une préparation. Mais c’est vrai qu’on a dû faire une réunion un peu en urgence en Normandie, une matinée, parce que ca s’échauffait vraiment. Je les avais quand même préparé à un tournage dur mais la Normandie, j’m’y attendais vraiment pas. Donc je me suis excusé, j’ai dit maintenant les faits sont là, on y est. Ils ont tous tenus.

Après ce film, qu’est ce que leur participation a changé dans leur vision de la cause animale ?

Y’en a ça les a changé énormément. Pas tous bien sûr.
Alexandre Laignier, c’est maintenant quelqu’un qui ne mange pratiquement plus de viande. Après le tournage, il avait un steak dans le frigo, il l’a regardé pendant un mois dans le frigo, il a pas pu le manger.
Tu prends Maxime Lecluyse, pareil. Même avec sa femme Aurore, il ne mange pratiquement plus de viande non plus.
Des techniciens aussi, surtout en post production. Mon étalonneur par exemple, lui il a eu vraiment un déclic. Il m’a dit Jerome j’ai tout arrêté. C’est marrant, ceux qui ont eu ce déclic, ils reviennent me voir ils me parlent, et tu vois qu’il y a vraiment eu un changement. Tu sentais, c’était des gens qui questionnaient beaucoup.
D’autres ils s’en foutent, je dis pas qu’ils sont sensibles mais ça leur a pas déclenché ce déclic. Tu vois quand le déclic va naitre, ils te parlent beaucoup, ils te questionnent. Des fois ils t’appellent pour te demander des trucs, ils te disent voilà j’ai vu ça et ça. Et tu te dis là ouais, il a été perturbé par le film, surtout les techniciens de post prod.
Par exemple le recorder, celui qui faisait l’ingénieur son pour les bruitages. J’avais François Lepeuple en bruiteur, c’est un des bruiteurs de Luc Besson. Et j’avais Carl Goetgheluck en Recorder, en ingé son dans l’auditorium où on faisait les bruitages. Carl, c’est un des mixeurs de Bienvenue chez les Chtis. C’est quand même un très gros mixeur ; et il m’a dit écoute, maintenant je veux travailler gratuitement pour toi pour terminer le film. Donc il a secondé le mixeur, il a secondé le monteur son, il a été superviseur au mixage, et tout gratuitement. Il nous a aidé à faire notre première projection test pour pouvoir régler les sons et tout en auditorium. Il s’est démené, il a été vachement interpellé par le film.
C’est bien, je sais qu’ils ne le seront pas tous mais j’aimerais que les gens, le public sorte de la projection avec la réflexion qu’effectivement il y a un problème, quelque chose qui ne va pas. Ce film ne révolutionnera pas la planète entière mais si je peux faire changer certaines mentalités, et amener les gens à se renseigner… Tu sors du film, tu te dis y’a un problème, qu’est-ce que je peux faire pour aider un minimum. Ca c’est déjà une victoire.
Je l’ai vu avec les techniciens, avec des comédiens et des comédiennes. Voilà, y’a eu des changements, donc y’en aura forcément.

Tu penses mettre sur le site du film quelque chose pour que les gens puissent se renseigner ?

Sur le site, il suffit de cliquer sur le lien l’équipe du film et nos partenaires. Là y’a toutes les associations de protection animale qui nous ont aidé et collaboré à des échelles différentes pour faire ce film. Donc ils peuvent se renseigner directement.
Sur le site d’A.L.F, je ne veux pas faire une page pro-animaux parce que je veux qu’il reste un film cinéma et rester dans le cadre cinéma. Mais ils peuvent aller sur le lien de nos partenaires et tous nos partenaires sont à 60% des associations de protection animale. Ils cliquent sur leur nom et ils tombent directement sur leur site. Ils pourront se renseigner facilement et c’est tous des gens bien en principe !

Quels sont tes projets pour l’avenir et tes ambitions à long terme ?

Le prochain projet c’est mon autre long métrage : Croque-Mort. C’est une comédie d’humoir noir, c’est l’histoire de 5 croque-morts, sur l’île de la réunion, qui travaillent pour un patron verreux. Et un jour, ils vont être redevables d’une dette envers ce patron et en quelques jours il va leur arriver tout un tas de problèmes. Ça va avoir un effet boule de neige et le film se termine sur quelque choses d’assez palpitant.
J’ai d’autres projets. Il y a le documentaire qui me tient à cœur pour la protection animale contre la corrida.
Là je suis en train de faire un pilote avec mon co-producteur d’A.L.F et un cuisinier vegan, l’un des chefs du Gentle Gourmet. On a juste commencé à faire un pilote, on a filmé, maintenant j’en suis au montage. C’est une émission culinaire sur les produits bio et végétaliens. On va voir si l’émission plait et si, après le pilote, on peut lancer une emission par semaine sur une chaine cablée ou ailleurs. Donc ça c’est un petit projet.
Je vais faire aussi un court metrage sur la boxe feminine, je fais des portraits de boxeuse, de 10 minutes. On va présenter en festival tout ça. On devait faire un long métrage. On devait suivre la championne du monde Sarah Ourahmoune et d’autres boxeuses qui devaient être sélectionnées aux jeux olympiques mais aucune des boxeuses française n’a été sélectionnée aux jeux olympiques donc le docu est un peu tombé à l’eau. Du coup, on part sur un court métrage documentaire avec  des portraits de femmes et en l’occurence sur la boxe feminine.
Mais le gros projet après c’est Croque-Mort. Ça va tout défoncer ! C’est une tuerie, vous allez voir !
L’objectif, maintenant, c’est d’avoir une grosse prod et d’avoir les moyens nécessaires pour faire ce film.

Merci Jérôme pour cette interview, est-ce que tu as quelque chose à ajouter ?

Devenez végan, arrêtez de manger des animaux, et renseignez vous surtout ! J’incite les gens à se renseigner, et à apporter leur petite contribution, ne serait ce qu’une adhésion par an à une association de protection animale. Allez voir sur notre site la rubrique partenaire, vous trouverez des gens vraiment bien dans le milieu de la protection animal qui font du bon boulot.

Rendez-vous donc en salle le 7 Novembre pour A.L.F !

 

Une avant-première d’A.L.F en présence de l’équipe du film aura lieu le Vendredi 5 octobre à 21H au Cinéma Le Cinq à Lagny sur Marne (77).
http://www.cinema-lecinq.com/

 

Liens utiles :

Site Officiel d’A.L.F : http://www.alf-lefilm.com/

La page Facebook d’A.L.F : http://www.facebook.com/pages/ALF-Animal-Liberation-Front-a-film-by-J%C3%A9r%C3%B4me-Lescure/357922450923

Site du documentaire Earthlings sur la condition animale : http://earthlings.com/

 

N’hésitez pas à réagir dans les commentaires ci-dessous :

 

2 réponses sur “Interview de Jérôme Lescure, réalisateur du film A.L.F”

  1. A.L.F : C’est un film avec des personnages, une histoire. Il est bâti comme un polar. Ce que Jérôme Lescure a filmé, ce sont des êtres humains, on ne voit que très peu les animaux. Il y a très peu d’images d’archives, vous ne verrez pas beaucoup d’images difficiles. A.L.F. c’est différent de tout ce que vous avez pu voir jusqu’à présent. A.L.F. c’est une aventure humaine, c’est la vie, c’est l’histoire de tas de gens qui se battent pour stopper les souffrances animales.
    VOUS POUVEZ FAIRE PARTIE DE CETTE HISTOIRE !!! ALLEZ VOIR CE FILM !!!
    Ayant vu ALF en avant première, en présence de Jérôme Lescure, je soutiens à fond ce film, et je soutiens le réalisateur, un homme incroyablement courageux, talentueux, très généreux, très humain.
    A.L.F. PLUS QU’UN FILM, C’EST LE FILM A NE PAS MANQUER !!!

Les commentaires sont fermés.