Comment devenir acteur : interview de Giles Foreman, coach d’acteur

giles foreman comment devenir acteur
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Crédit photo : gfca, Files Foreman Centre for Acting

 

 

Comment devenir acteur : Interview de Giles Foreman

Giles Foreman est un coach d’acteur avec qui j’ai eu l’occasion de travailler à plusieurs reprises. Son travail est libérateur et la palette variée d’exercices qu’il propose permettent aux acteurs de dépasser leurs limites tout en restant dans un cadre de travail sécurisé. J’ai personnellement travaillé sur plusieurs des exercices qu’il propose et sa façon de guider les acteurs avec assurance et douceur fait des miracles. Sa grande connaissance des classiques et sa faculté à raconter les histoires de ces personnages monumentaux de la littérature nous ouvre les portes de références culturelles trop souvent négligées par ceux qui veulent devenir acteurs de cinéma.

 

Binh : Bonjour Giles, Comment ça va ?

Giles Foreman : Ça va, enfin je pense que ça va, je viens tout juste d’atterrir ! Je suis de retour à mon quartier général ! Sous le sol de Soho ! Je suis dans la version londonienne du studio. C’est en sous-sol, sous le parc central de Soho, qui est, tu sais, à Londres, la zone qui vit 24h/24. Et nous on se cache dans notre petit oasis de jeu, sous toute cette décadence.
Binh : Alors je voudrais te poser quelques questions, très simples, sur le jeu d’acteur et ce que tu fais pour les acteurs. Donc ma première question serait :

Quelles sont les qualités nécessaires à tout acteur ?

Giles Foreman : Oh mon dieu, ok, il y a beaucoup de types d’acteurs différents, donc il y a beaucoup de types de qualités différentes, mais je pense que le dénominateur commun est, bien sûr, l’imagination. Car c’est un art. Ce sont des artistes. Donc tu as besoin, plus que n’importe quoi d’autre, d’une imagination puissante et développée.

Mais ensuite il y a aussi d’autres choses, comme le fait que les gens doivent être très libres, très instinctifs, être capable d’être incroyablement ouverts, d’être capable d’être privés en public, d’être privés tout en étant observés par le public afin que les gens puissent entrer en empathie avec eux.

Je pense que les acteurs doivent être intelligents, je sais que beaucoup de gens ne pensent pas cela, mais je pense qu’il faut avoir la capacité de vraiment pouvoir plonger dans un texte, vraiment comprendre le texte.

Et ensuite, ce sont ces étranges créatures qui combinent l’intellect et l’instinct. Ils doivent être capable d’avoir les deux, et c’est très particulier car d’habitude nous avons des intellectuels qui laissent à part l’instinct, ou bien ces créatures à l’instinct sauvage qui ne comprennent pas l’histoire qu’ils racontent.

Donc vraiment le bon acteur est celui qui parvient à combiner les deux, selon moi. Et ensuite tu as besoin d’un corps, tu dois être capable de bouger et de te transformer physiquement, et tu as besoin d’un ensemble d’autres talents aussi.

Ce sont en gros des choses qui se doivent d’être développées, c’est pour cela qu’on se forme, vraiment. C’est le but de la formation de l’acteur.

Quels sont les problèmes que les acteurs ont lorsqu’ils viennent travailler avec toi, les problèmes principaux.

Giles Foreman : oh, il y a toute une palette de problèmes qui dépendent de qui est la personne. Parce que les gens arrivent avec qui ils sont, lorsqu’ils jouent, et le fait est que c’est eux qui sont intéressants. Souvent les gens arrivent en pensant qu’ils vont jouer, afin de montrer quelque chose de different, quelque chose d’autre qu’eux-mêmes.

Donc le premier gros problème, auquel la plupart des gens font face, c’est le fait de retirer le masque, retirer ce qui est artificiel afin d’arrêter de jouer et de commencer à révéler des parties d’eux-même, et de laisser le gens connaître et voir ces parties d’eux-mêmes. C’est le gros problème auquel la plupart des gens font face, mais ensuite jouer est un processus étrange car certaines personnes sont brillantes dans certains aspects du jeu et d’autres y sont très mauvaises et vice-versa, car c’est un sujet tellement immense. Donc ça dépend vraiment de qui vous avez en face de vous dans la pièce.

Quand on a formé autant d’acteurs au fur et à mesure des années, on développe différentes tactiques selon les différents types psychologiques, si on peut dire. Une formation d’acteur est une formation sur mesure, il n’existe pas de chose telles que « cette taille convient à tous » comme type de formation. Tu dois déployer différentes techniques avec différentes personnes.  Et le talent du coach d’acteur est de comprendre qui il a dans la pièce, et qu’est-ce qui les bloque.

On a tous besoin d’une formation d’une façon ou d’une autre, personne n’est naturellement génial, c’est un mythe, d’après mon expérience.

Donc quels sont les outils que tu utilises pour amener ces acteurs à se révéler et à enlever le masque ?

 

Giles Foreman : Eh bien, nous avons une palette d’influences que nous utilisons dans la formation que nous faisons ici. Nous sommes très influencés par la technique russe de Stanislavsky. Nous avons invité des professeurs des États-unis, des professeurs qui ont évolués avec les méthodes créées après le passage des russes aux États-Unis par des gens comme Lee Strasberg, dont j’utilise l’exercice Song & Dance afin de connecter les gens à leurs instincts, afin qu’ils soient vrais, qu’ils soient véridiques. Nous utilisons son exercice du Moment Privé, afin de faire en sorte que les gens se débloquent, et qu’ils révèlent les secrets qui les font se retenir.

Nous utilisons la technique Meisner ici au studio, avec de brillants professeurs de Meisner, afin de connecter les gens à la vérité, et de canaliser leur fantaisie et leur imagination. On utilise aussi le travail de l’exercice des objets, de Uta Hagen, et vous pouvez lire tout sur cet exercice dans son merveilleux livre, Respect for acting, et il y a une série de 16 exercices, je crois, par lesquels vous pouvez passer, afin de libérer votre potentiel d’acteur.

Et tout ceci, bien entendu est combiné avec beaucoup de classes techniques de haut niveau. Nous avons, par exemple, certains des meilleurs professeurs de mouvement au monde. Nous avons la professeur de mouvement de Tom Hardi, Michael Fassbender, Colin Firth et moi-même, Liana Nyquist, qui travaille sur comment se débloquer à travers le corps. Une autre méthode pour cela est avec Janet Amsden, qui était une des assistantes de Yat Malmgren, mon gourou, mon mentor, si vous voulez. Et il a développé une formation de mouvement pour acteur très particulière, qui ciblait les blocages psychologiques, de façon très spécifique pour chaque individu.

Donc nous utilisons cela, et bien entendu une formation de la voix. La voix peut aider sur les blocages aussi. Donc on ne sait jamais vraiment ce qui va fonctionner selon l’individu. Mais au final, après un moment, on fini par abattre tout se qui se met en travers du chemin.

Et donc maintenant tu comptes ouvrir un studio d’acteurs en France, à Paris. 

Giles Foreman : Oui !

Binh : Et est-ce que ce sera les mêmes méthodes, les mêmes professeurs ?

Giles Foreman : Ce sera complètement modelé sur les mêmes techniques, sur les combinaisons d’influences que nous avons ici. Et notre méthodologie vient de ma formation au Drama Centre. Donc ce sera l’extension naturelle de ce travail. Et j’ai très hâte, car le Drama Centre, quand j’y étais formé, a toujours été dans la célébration de notre héritage culturel européen classique commun, qui est un immense et fantastique corps de travail. Et je pense qu’il est temps, en Europe, que nous célébrions cela, avec un corps de formation paneuropéen. Et nous pouvons vraiment aider à cela, car je voyage à travers toute l’Europe, pour coacher sur des films, donc j’ai une compréhension de comment fonctionne le système du cinéma moderne dans tous ces pays.

Donc c’est donner une chance aux gens de travailler à la fois à Paris et à Londres, d’avoir accès à l’industrie, avec une formation très intensive et très rigoureuse, célébrant toutes ces influences, célébrant la culture européenne. Et je pense que ce serait une première. Et j’ai très hâte de commencer cela. Je pense que l’on peut dire sans mentir qu’il y a de plus en plus de coproductions qui se développent entre les pays européens, et c’est une opportunité de pouvoir implanter cela dans une institution de formation européenne, que nous voulons créer.

Tu utilises beaucoup le mot célébrer, ça semble être très important dans ta formation. Pourquoi ?

Giles Foreman : Parce que ceci devrait être une histoire de plaisir. L’art est une histoire de plaisir, même s’il s’agit d’un plaisir douloureux. De toute évidence, très souvent, c’est extrêmement douloureux, mais on est des malades, les acteurs sont des malades et il y a un plaisir morbide dans la douleur. Donner naissance à un enfant, tout ce qui est en rapport avec la créativité implique de la douleur. Mais il y a aussi un plaisir très très profond dans cela. Et la vie est faite pour être vécue, non pas pour être déprimé.

Tu dis qu’il faut être privé en public, qu’est-ce que tu entends par là ?

Giles Foreman : Quand tu regardes un grand acteur, disons dans un film, et que tu as l’impression de le connaître, de le connaître intimement. En quelque sorte il te laisse entrer dans son monde intérieur, son monde privé, en disant viens voir, viens voir mon voyage et comment je suis. Et c’est quelque chose que Stanislavsky lui-même a découvert : que ceux qui ont la capacité d’être aussi ouverts, de vous laisser les voir, avec toutes leurs merdes autant que toutes les merveilleuses choses qu’ils ont, ce sont ceux qui évoquent l’empathie. Et le réalisme repose sur l’empathie.

Ce n’est pas comme chez Brecht avec son Verfremdungseffekt, son effet de distanciation. C’est le principe de laisser les gens voyager avec vous émotionnellement. Mais c’est très difficile à faire. Et la plupart des acteurs doivent, ( je n’ai jamais rencontré de ma vie qui que ce soit de naturellement tellement ouvert que l’on voit à travers lui), la plupart des acteurs doivent se former à laisser les gens les voir, car il faut admettre que la vie scolaire normale, l’éducation normale est basée sur le fait de faire l’opposé total de cela. Il faut se cacher, ne pas montrer, ne pas être vulnérable, ne pas être faible. Donc on doit réapprendre à être comme un enfant. Et profiter de l’intimité dont on ne profite que très rarement dans la vraie vie, et ce de façon plus intense.

Binh : Merci beaucoup.

Giles Foreman : Merci à toi !

 

Pour en savoir plus sur le travail avec Giles Foreman visitez son site : Giles Foreman Centre for Acting,  Studio de formations professionnelles pour comédiens sur Paris & Londres.

Merci à Lysandre Mbappé pour l’organisation, l’enregistrement et la traduction de cette interview.

 

5 choses à faire pour vaincre sa timidité

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On dit souvent que le théâtre permet de vaincre sa timidité et nombreuses sont les personnes qui prennent des cours de théâtre dans cet objectif. Les cours de théâtre ne sont pas des thérapies mais peuvent permettre à une personne de s’épanouir en lui permettant de dépasser certains blocages.

Utilisez cette séance d’hypnose : Mieux gérer le rejet.

Dans cet article, je vais partager 5 choses à faire pour vaincre sa timidité. Ces 5 choses sont généralement apportées par les cours de théâtre.

 

1. Travailler sa voix pour vaincre sa timidité.

 

La voix est notre outil de communication principal. C’est à travers la voix que l’on communique avec les autres et c’est également grâce à la voix que l’on peut vaincre sa timidité. En travaillant sa voix, on travaille également sa respiration et ses émotions. La voix véhicule les émotions, et réciproquement, les émotions non exprimées bloquent la voix. En débloquant la voix, on peut faire l’expérience de déblocages émotionnels importants.

La maîtrise de la voix permet une meilleure maîtrise de soi et une communication plus naturelle. La peur de ne pas être entendu disparaît, on peut communiquer librement et sans effort.

Les personnes timides ont souvent une voix faible et en travaillant à libérer leur voix, elle peuvent déjà vaincre leur timidité.

 

2. Travailler son corps pour vaincre sa timidité.

 

Quand on est timide, on est souvent déconnecté de son corps. Le malaise physique génère un malaise social. On se sent plus vulnérable en présence des autres parce qu’on ne maîtrise pas ses mouvements. On a peur de faire une bêtise, d’être maladroit, etc…

Apprendre à maîtriser son corps permet de ramener l’esprit dans le corps et d’être plus présent. Des disciplines comme le Yoga ou le Taï Chi aident à se concentrer sur son corps et ses sensations corporelles. Être bien et en paix avec son corps permet de vaincre sa timidité.

 

3. Prendre des risques pour vaincre sa timidité.

 

Quand on veut faire quelque chose mais que la peur nous en empêche, tout ce qu’on retient c’est cette peur. Vaincre sa timidité commence par prendre des risques. C’est prendre le risque de parler plus fort, prendre le risque de rencontrer une personne que l’on ne connaît pas ou de découvrir un nouvel endroit, etc… Quand on a des difficultés à vaincre sa timidité c’est parfois parce qu’on se sent confortable dans cette timidité. Qu’est-ce que ma timidité me permet d’éviter de faire ?

Pour vaincre sa timidité, il faut prendre des risques régulièrement. Inutile de viser l’impossible. Mieux vaut prendre un petit risque régulièrement plutôt qu’un énorme une fois de temps en temps. C’est comme se brosser les dents : ça ne sert à rien de se brosser les dents une fois par mois pendant une heure. Il faut le faire tous les jours.

 

4. S’accepter tel qu’on est.

 

C’est peut-être le plus difficile. On est bombardés de messages nous incitant à changer et à nous améliorer, suggérant par là qu’on n’est pas assez bien. On est tel qu’on est, et même si on peut changer, on ne fait pas du sucre avec du piment. On peut s’épanouir en commençant par célébrer qui on est.

Vaincre sa timidité, c’est aussi arrêter de lutter contre elle. Les personnes épanouies n’ont pas besoin de vaincre leur timidité. Elles n’y pensent tout simplement pas.

Peut-être que quelqu’un vous a dit un jour que vous étiez timide parce que vous ne vouliez pas dire bonjour à un inconnu. Acceptez que c’est un comportement normal pour un enfant, et qu’à présent vous pouvez choisir d’agir autrement.

Essayez de changer votre définition de vous-même. Au lieu de vous dire « je suis timide », essayez quelque chose comme « je suis réservé » ou encore « je me dévoile aux personnes en qui j’ai confiance » ou bien « j’aime faire connaissance avec les personnes que je rencontre avant de me lâcher »…

 

5. Faire attention aux autres.

 

Quand on prend conscience que les autres ne sont pas si différents de nous, on n’a plus besoin de cacher nos peurs, nos doutes et nos difficultés. On peut au contraire voir que les autres aussi ont ces difficultés et tenter de les soulager. Faire attention aux autres permet d’oublier qu’on aimerait vaincre sa timidité pour être vraiment présent à l’autre. Notre présence est ce que nous avons de plus précieux à donner.

 

 

J’espère que cela vous aidera à vaincre votre timidité. N’hésitez pas à commenter cet article et à le partager pour aider d’autres personnes !
L’hypnose est un très bon moyen pour modifier sa perception des choses et apprendre de nouvelles manières de réagir. Cette séance d’hypnose vous guidera à travers ces étapes pour vous aider à mieux gérer le rejet et à dépasser la peur du rejet :

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Mieux gérer le rejet en auto-hypnose

 

Choisir des textes qui nous touchent

Certains textes sont naturellement plus émouvants que d’autres, plus touchants, plus porteurs.

Je viens de lire un extrait de la pièce The Normal Heart, une pièce mettant en scène un journaliste gay dans les années 80 qui se bât pour faire reconnaître l’épidémie de SIDA. A l’époque, le virus du VIH est encore inconnu, la maladie se répand dans le milieu homosexuel mais personne ne comprend d’où elle vient. Ned Weeks se bât pour la faire connaître et pour dire aux gays d’arrêter de baiser comme des lapins sans protection pour éviter la contamination. Il se bât pour sauver des millions de vies.

Le contexte de l’époque, la menace de mort qui pèse sur son entourage, les hommes qu’il connaît qui meurent les uns après les autres… Il suffit de lire le texte en ayant conscience du contexte pour être touché.

 

Certains textes sont de toute évidence plus forts que d’autres. J’ai déjà parlé dans l’article 3 bonnes raisons de travailler sur les classiques de l’intérêt de lire et de travailler sur des textes classiques. Il est tout aussi important à mon sens de travailler sur des textes qui nous touchent, qui nous semblent évidents dès la première lecture par l’effet qu’ils ont sur nous.

Ces textes, il faut aller les chercher. Bien souvent, quand on commence, on a rarement accès à des scènes de qualité. En travaillant sur des projets étudiants ou sur les petits rôles  auxquels on a accès à la télévision, il est rare de se confronter à des textes porteurs. Pourtant il y a dans la littérature, les romans, les pièces de théâtre des textes forts qui nous touchent à la première lecture. C’est vers ces textes là qu’il faut aller.

 

Je crois que plus on fait confiance à son instrument, plus on avance. Il n’y a qu’en lisant qu’on trouve ces textes, ces perles rares qui sont si bien écrites qu’elles nous touchent au coeur.

 

Interview de la troupe Baudrac & Co

Vinaya par Gwen
Aujourd’hui, j’accueille Vinaya, une lectrice du blog qui a eu la bonne idée de me proposer d’interviewer une troupe de théâtre de sa région.

INTERVIEW: Jean-Claude Baudracco (JCB) et Jean-Paul Joguin (JPJ), comédiens par Vinaya

A l’occasion de la pièce de théâtre Fanny de Marcel Pagnol interprétée par la troupe Baudrac&Co à Villeneuve-Minervois (11) le samedi 13 décembre 2014, j’en profite pour interviewer deux comédiens, Jean-Claude Baudracco et Jean-Paul Joguin:

Comment as-tu intégré la troupe Baudrac&Co?

JPJ: A l’origine, Jean-Claude Baudracco tenait Le restaurant de la Clape à Armissan (11) où j’étais client. Déjà, c’était un passionné de Pagnol. Et en discutant, il a vu que ça me plaisait énormément. Il m’a dit «Je monte une pièce et il me faudrait un personnage…» Et ça s’est fait comme ça.

Tu avais déjà fait du théâtre avant?

JPJ: Non, jamais. Mais j’avais toujours évolué là-dedans, dans la musique… J’ai travaillé pour un groupe qui a été célèbre pendant un temps qui s’appelait Gold où j’avais participé à l’écriture des textes. Pour le théâtre, on a commencé en 1997. Il [JCB] m’avait proposé le rôle de Ludovic dans Cigalon de Pagnol. Ensuite, on s’est aperçu qu’on chantait et écrivait des sketchs un peu tous les deux. Puis, on a carrément créé un spéctacle dans son restaurant. On a fait nos classes de 1997 à 2000.

Et un producteur vous a repéré…

JPJ: Oui, il nous a engagé et on a monté avec lui la trilogie César, Fanny et Marius. On est resté avec ce producteur pendant deux ans. Ça nous a permis de nous faire pas mal de contacts. On a joué en France, en Suisse, à l’île de La Réunion… Ce sont des pièces qui sont éternelles. Ce sont des classiques que les gens redemandent. Depuis 2000, on tourne avec ces pièces-là et on a rajouté La fille du puisatier.

Comme tu n’avais jamais fait de théâtre, tu n’as pas eu trop de difficultés pour apprendre toutes ces répliques par exemple?

JPJ: Non, ça ne m’a pas posé trop de problèmes, surtout Pagnol. C’est un langage assez simple. Je dis souvent que c’est mon jardin. Quand j’étais petit, j’entendais parler comme ça. C’est une évidence pour nous de jouer ça. Après, avec Sophie Barbéro, on est passé à des œuvres un peu plus compliquées. Les textes étaient plus châtiés, plus difficiles à apprendre. Mais après, il y a un mécanisme de la mémoire qui s’installe et il n’y a pas de problèmes.

Tu fais beaucoup de théâtre mais tu fais aussi des films. Quelles différences perçois-tu entre jouer pour le théâtre et jouer pour le cinéma?

JPJ: L’occupation de l’espace est différente surtout le cinéma que l’on fait avec Stéphane Kowalczyk (Coups de Soleil, 1 rue Caussanel, Du bleu au-dessus des toits). C’est du cinéma expérimental. Quand on est à l’intérieur d’un cadre et qu’il faut jouer, il faut donner l’impression de l’espace alors qu’on est réduit. Au théâtre, c’est pas pareil, on peut naviguer, il faut occuper tout l’espace de la scène alors qu’au cinéma, tu sais que tu ne dois pas sortir du champ. Tu n’abordes pas les personnages de la même façon non plus. Au théâtre, il te faut légèrement exagérer, c’est «théâtral» comme on dit. Il faut davantage articuler et porter la voix pour qu’on t’entende jusqu’au dernier rang alors qu’au cinéma, tu peux chuchoter. Et le cinéma m’est plus difficile car j’ai tendance à exagérer. Au cinéma, il faut oublier la caméra, ou l’œil, pour donner le meilleur de soi-même et devenir le personnage, ça c’est le plus difficile. Ça fait 17 ans que je joue ce rôle de Panisse, le maître voilier du port de Marseille. Il est avec moi, il vit en moi. Je l’ai transformé à ma manière, je me le suis approprié sinon ce ne serait qu’une pâle imitation de ce qu’on a vu à la télé.

Et maintenant, tu passes à la réalisation car tu es actuellement en plein tournage de ton premier film…

JPJ: Alors, je ne sais pas ce que ça donnera parce que comme il nous vient des idées au fur et à mesure qu’on les couche avec Gilbert Corbières, le chef opérateur, que j’appelle le preneur d’images. On a tourné à Peyriac-Minervois et là on va tourner à Coursan (11).

Ça faisait longtemps que tu pensais à réaliser un film?

JPJ: Non, ça c’est beaucoup l’influence de Kowalczyk. Nous, ce qui nous manque, ce sont les moyens. On ne fait pas un cinéma commercial, donc on n’est pas aidé. C’est pour ça qu’on a créé ce qu’on appelle le «cinéma des occasions», c’est-à-dire qu’on prend toutes les occasions qui nous sont données pour tourner. Quand on a tourné 1 rue du Caussanel, on a vu qu’il y avait un musée des automates et on a vite demandé l’autorisation pour pouvoir y tourner. On se sert des occasions qui nous sont offertes. On demande, on va tourner chez des gens, chez des amis. On a des amis qui nous servent de comédiens. Patrick Milani, qui a joué dans et écrit Du bleu au-dessus des toits, est venu faire le perchiste pour mon film. C’était sympathique. Tout le monde s’aide car on n’a pas beaucoup de moyen dans ce cinéma-là. Mais c’est grâce à Stéphane Kowalczyk que j’ai eu envie de faire ça. Et ce qui m’a fait chaud au cœur, c’est que les gens participent à ce projet, qu’ils disent «D’accord, on vient» sans intérêt particulier, seulement parce qu’ils voulaient qu’on soit ensemble. J’adore le collectif, travailler ensemble. Le cinéma le permet. S’il y a de bonnes volontés, on peut faire quelque chose de bien.

Un petit conseil pour ceux qui veulent devenir comédiens?

JCB (créateur de la compagnie Baudrac&Co) : En général, quand quelqu’un a des dispositions, il devient comédien. Si Jean-Paul Joguin est devenu comédien, c’est par rapport à son talent. Il y a beaucoup de gens qui veulent faire du théâtre mais après, soit ils n’ont pas assez de passion ou soit il n’ont pas assez de talent, n’ayons pas peur des mots. Au début, on n’était entouré de personnes qui voulaient faire du théâtre mais ils n’ont pas persévérés. Ils ont montré leurs limites, ils se sont écartés d’eux-mêmes.

Comment vous sentez-vous une demie-heure avant de monter sur scène?

JPJ: On a l’habitude. Et puis, on l’a joué samedi dernier. Quand on joue dans les environs, on n’a pas besoin d’une grosse préparation.

JCB: C’est-à-dire qu’on est entouré de comédiens qui sont très talentueux, qui ont beaucoup de mémoire. Mais on n’est pas un exemple à suivre parce que c’est vrai qu’il faudrait se retrouver avant pour répéter.

Mais vous ne répétez pas avant une représentation?

JCB: Celui qui éprouve le besoin de répéter, qui n’est pas sûr de certaines scènes, il va contacter la personne qui doit lui donner la réplique. Et ils se retrouvent pour répéter. Chacun se sécurise comme ça. Au niveau de la mise en scène, ça, ça reste. Souvent avant de jouer, chacun lit son texte. En lisant son texte déjà, ça revient et la mayonnaise prend.

Comment vous organisez-vous pour monter une pièce?

JCB: En général, on monte une pièce en 15 jours, ce qui est rentable. On tourne la trilogie César, Fanny et Marius depuis 2002. On l’a répétée pendant deux semaines pour le jouer depuis plus de 10 ans alors qu’il y a des structures amateurs qui répètent de septembre jusqu’à juin pour donner une ou deux représentations, c’est tout. Mais nous, notre but, c’est de vendre des pièces, de prendre le téléphone et de vendre un peu partout en France et aussi ailleurs pour les jouer parce qu’on en fait tous notre métier. Il faut qu’on en vive. Et il y a en certains, comme moi, qui sont dans la mouvance des deux, du théâtre et des tournages de films. Je fais à peu près 3-4 films par an. J’ai mon fils, Julien Baudracco, qui joue aussi pour la télévision. Même mon petit-fils de 3 ans va jouer dans la série Candice Renoir et mon autre petit-fils d’un mois va être le bébé de l’actrice principale d’un film. Il commence tôt!

N.B: Pour être au courant de l’actualité de la compagnie Baudrac&Co: http://www.jc-baudracco.com

De gauche à droite:JCB + JPJ

Jean-Claude Baudracco

et

Jean-Paul Joguin

Faut-il absolument vivre les émotions ?

Faut-il absolument vivre les émotions pour les transmettre aux spectateurs ?

 

L’idée est assez répandue dans le cinéma que l’acteur doit absolument vivre les émotions pour que le spectateurs les ressente. Pourtant, après deux dessins animés et un gros navet, je me demande si c’est vraiment le cas.

J’étais en famille pour les fêtes de Noël et je me suis retrouvé à regarder La Reine des Neiges avec mes nièces. Je ne l’avais jamais vu et j’ai été pris par l’histoire, je me suis laissé entraîné dans ce monde imaginaire et j’ai été touché par le film. Pourtant, il n’y a pas d’acteur à l’écran. Personne pour vraiment vivre les émotions et me les transmettre.

Le lendemain, on a remis ça avec Le Roi Lion, et là encore, j’ai été touché et j’ai retenu mes larmes devant mes petites nièces… Pourtant, il n’y avait toujours pas d’acteur sur l’écran…

 

Quelques jours plus tard, je me retrouve devant le dernier épisode du Hobbit de Peter Jackson. Les acteurs étaient bien là et lors d’une scène sensée être émouvante, ils vivaient les émotions. Gros plan sur l’une. Gros plan sur l’autre en train de crever au ralentit. Re-gros plan sur la première qui pleure. Re-gros plan sur l’autre qui meurt au ralentit en pleurant. Musique d’ambiance…

Et pourtant, ça m’a fait chier. J’ai senti que Peter Jackson essayait de m’arracher une émotion avec ses contre-champs, ses gros plan et son ralenti. Et ça n’a pas marché.

 

Alors qu’est-ce qui fait qu’on peut être ému par un dessin animé mais que des acteurs en gros plan qui vivent leurs émotions à fond ne nous touche pas ?

 

Je crois que c’est simplement dû à l’histoire, à la clarté et à l’universalité de la situation. Et bien sûr à la mise en scène.

 

Dans les dessins animés, les situations sont en général assez simples et fortes en elle même. Par exemple, le héros reconnaît son amie d’enfance qu’il n’a pas vu depuis des années. Et c’est la situation qui est en soi émouvante.

 

Mais pour que cette émotion soit émouvante, il faut aussi qu’on ait eu le temps de s’attacher au personnage. Il faut que le spectateur puisse comprendre la situation. Il faut que l’histoire et le scénario construise l’intensité de cette situation.

Ce que n’a pas fait Peter Jackson, qui a préféré faire le gros bourrin et imposer les émotions avec la subtilité d’un Orque.

 

Dans tout ça, qu’est-ce que ça peut nous apprendre sur le travail d’acteur ?

Déjà, que ça ne sert à rien de forcer les émotions. Au contraire, le spectateur se sentira forcé de ressentir quelque chose et rien n’est plus désagréable que ça.

Au contraire, le plus important est de bien comprendre la situation de notre personnage et de trouver l’universalité de cette situation. En quoi cette situation peut parler à tout le monde ? Parmi les 7 questions à se poser pour analyser un texte, c’est la première question à se poser.

C’est la situation qu’il est important de faire vivre, et non pas l’émotion qui en découle. Donner uniquement l’émotion serait comme mettre le parfum d’un plat délicieux sur des aliments en plastique.

 

Et la dernière conclusion, c’est qu’il y a une part que l’on ne contrôle pas et qui est celle de la mise en scène et du scénario. Le cinéma est un travail d’équipe, et l’acteur n’a pas tous les pouvoirs. On peut faire de notre mieux et présenter une situation touchante, mais si elle n’est pas mise en valeur par la mise en scène, ou si elle ne s’inscrit pas dans une histoire globale, elle perdra de son intensité.

 

Et vous, qu’en pensez-vous ?


 

Ressentir les émotions grâce à l’auto-hypnose

J’ai préparé une séance d’auto-hypnose en mp3 basée sur ce principe pour vous aider à mieux ressentir les émotions, que ce soit sur scène ou dans la vie.

L’accompagnement de cette séance vous aidera à utiliser et à intégrer cette technique pour être capable de ressentir les émotions sur scène ou dans la vie, ou vous en détacher si nécessaire. Il y a actuellement une offre qui sera bientôt retirée, profitez en maintenant !

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ressentir les émotionsRessentir Les Émotions

2015 : une année pour prendre des risques !

Bonne année 2015 !

Pour commencer l’année, je me suis filmé pour vous présenter mes vœux. Je n’ai pas l’habitude de m’adresser directement à la caméra mais j’avais envie de faire cette vidéo aussi pour dépasser mes peurs et célébrer mon imperfection. Dans cette vidéo, je vous invite à faire de même.

 

 

 

La liberté d’expression est un combat du quotidien

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J’étais en train de préparer une petite vidéo pour le blog quand j’ai appris ce qu’il s’est passé ce matin à la rédaction de Charlie Hebdo. J’écris cet article à chaud, poussé par le besoin de m’exprimer, de poser des mots pour transmettre et communiquer mon point de vue.

Aujourd’hui, je suis triste pour ces journalistes et je suis admiratif pour leur courage. Le courage de continuer leur travail jusqu’au bout malgré les menaces et les pressions qu’ils ont subit.

Ils n’ont pas cédé à la peur. Ils ont fait leur travail avec humour et amour, conscients du danger mais conscients aussi de sa nécessité. Et c’est parce qu’ils n’ont jamais cédé à la peur qu’ils sont devenus des grands dans leur domaine.

Je me rends compte que notre liberté d’expression est menacée en permanence par la peur et la haine. A chaque fois qu’on s’empêche de s’exprimer par peur des représailles ou de la critique, on enterre un peu plus notre liberté d’expression.

Il faut se battre pour la conquérir, il faut se battre pour la défendre. D’abord contre ses démons intérieurs, contre ses propres peurs qui nous empêchent de nous exprimer. Puis contre les haineux et les obscurantistes qui veulent imposer leur point de vue en empêchant les autres d’exprimer le leur.

L’artiste qui est en nous ne pourra jamais s’exprimer complètement tant que la peur sera là. Chaque jour, il faut faire l’effort de s’exprimer et dire encore et encore sa vérité.

J’ai de la gratitude pour tous ces défenseurs de la liberté d’expression. En hommage à Charlie Hebdo, faisons l’effort de nous exprimer plus librement.

 

Je mettrai la vidéo en ligne demain, elle contient mes vœux pour 2015. A demain.