Il suffit de connaître les bons endroits où chercher, et en quelques minutes, on peut avoir accès gratuitement à n’importe quel film ! C’est un peu la promesse du piratage en ligne, et j’avoue en avoir profité pendant de nombreuses années. Pourtant, j’ai décidé d’arrêter. Voici pourquoi :
Les pouvoirs du subconscient
Vous avez sans doute déjà entendu parler du subconscient. En gros, c’est la partie de nous même qui gère tout ce qui se passe dans notre corps et nos comportements dont nous n’avons pas conscience. En fait, le subconscient gère toute notre vie. Son fonctionnement est simple : il reçoit des suggestions du monde extérieur ou de notre conscience et il réagit en conséquence.
Donc il va créer des événements, des circonstances, des pensées et des ressentis qui correspondent aux suggestions qu’on lui a données. Vous suivez ?
Alors pourquoi je parle de ça maintenant, et qu’est-ce que ça a à voir avec le piratage ?
Les 2 suggestions inconscientes du piratage
Pirater un film ou une série, c’est un acte qui alimente aussi notre subconscient. Il y a un message, une suggestion qui est envoyée à notre subconscient à chaque fois qu’on le fait. Et cette suggestion va produire des résultats correspondants.
Cette industrie créative ne vaut pas le coup qu’on paye, et je ne mérite pas d’être payé
C’est une des suggestions qui peut être envoyée au subconscient. Si je pirate un film, c’est parce que je crois que ça ne vaut pas le coup de le payer et de récompenser les personnes qui ont travaillé à sa création. Donc ces personnes ne méritent pas d’être payées, donc je ne mérite pas non plus d’être payé pour le travail créatif que je fais dans cette industrie.
Aïe… ça c’est une suggestion qui fait mal. Autant éviter de scier la branche sur laquelle on veut monter non ?
Je suis pauvre et je n’ai pas les moyens de payer
C’est encore une suggestion négative qui empêche notre subconscient de s’orienter vers l’abondance. Surtout qu’aujourd’hui, il y a Netflix et que ça donne quand même accès à un énorme catalogue en illimité pour le prix d’un repas (et le premier mois est offert).
Il y a aussi les bibliothèques et les médiathèques.
Voilà pourquoi j’ai décidé d’arrêter le piratage et de réorienter mon subconscient vers des pensées plus positives, comme « je mérite d’être payé pour mon travail créatif » ou « j’ai les ressources nécessaires pour réaliser mes rêves ».
Et vous, quelles sont les pensées inconscientes qui vous soutiennent ou qui vous bloquent dans votre parcours ?
Merci pour cet article !
Excellente approche. En tout cas je trouve la démarche personnelle très intéressante et j’adhère à 100% avec le deuxième point abordé.
C’est vrai que le fait d’accepter de ne pas payer pour de la culture, implique de dévaloriser celle-ci d’une certaine façon.
Maintenant, pour revenir sur le premier point, personnellement je pense que la question à se poser à ce niveau-là c’est :
« Est-ce que la valeur qu’on accorde à une oeuvre audiovisuelle, se justifie uniquement à travers sa consommation directe ? »
Je prends le cas de Breaking Bad par exemple. Je suis prêt à parier qu’au moins 70% des gens ont découvert la série par des moyens illégaux.
Pourtant, les personnes qui sont devenues réellement fans de la série n’ont généralement pas hésités à l’acheter en bluray (même l’édition collector est partie comme des petits pains).
Donc au final ce constat amène à penser que le téléchargement illégal (ou le streaming illégal) n’est pas forcément une chose aussi néfaste qu’on peut l’entendre dans l’industrie audiovisuelle. Je ne sais pas ce que mon inconscient en pense, mais consciemment je ne vois pas (plus) le téléchargement illégal comme un moyen d’obtenir une oeuvre gratuitement. Je le vois plutôt comme un moyen de « tester » l’oeuvre (un peu comme à la télévision, mais sur demande). Si l’oeuvre ne me plait pas ou peu, je passe à une oeuvre suivante. Elle trouvera sans doute ces propres « fans hardcore » qui eux, seront certainement prêts à acheter le bluray, et même plus si affinités (produits dérivés, etc.) 🙂
Netflix fait une exploitation très pertinente de ce paradigme, puisque leur plateforme favorise la diversité, mais aussi et surtout un ciblage beaucoup plus précis des goûts de chacun. Autrement dit, on tend petit à petit vers un modèle parallèle de consommation, qui ne s’intéresse plus aux « best sellers » mais au « best match ». Le but de Netflix n’est pas d’orienter tout le monde vers une seule et même oeuvre (comme le font les gros studios américains avec les blockbusters). Ce qu’ils veulent c’est rendre les gens addictes à leur service, en leur proposant des contenus qui correspondent au maximum aux goûts et aux attentes de chacun.
Voila pourquoi j’ai du mal à adhérer au premier point. Après je me trompe certainement dans mon raisonnement, mais j’avoue avoir beaucoup de difficultés à considérer le cycle « consommation/financement » de manière aussi directe. Surtout quand on sait à quel point certains distributeurs de cinéma se gavent littéralement sur le dos des spectateurs. :S
Qu’en dis-tu Adrien ?
Salut à l’auteur !
J’arrive un peu après la bataille, mais peu importe.
Premièrement,
sur tout ce qui pourrait relever de « l’inconscient » et, pour aller plus loin, de « l’attitude » (sciences cognitives), je recommanderais d’éviter la moraline et d’avoir une approche purement scientifique de la question.
Dans cette optique, ne peut-on imaginer que les messages que l’on envoie au subconscient sont « manipulables » ? Ne peut-on transformer un « je pirate parce que ça ne vaut pas le coup de payer » en un « je pirate parce que je veux d’abord goûter avant de payer et qu’il y a bien des manières de payer un artiste » ?
Je suis plutôt de ceux qui croient que quasiment l’intégralité de ce que l’on vit en termes émotionnels/rationnels tient à une vie intérieure que l’on peut manipuler pour rendre positive et constructive (sorte de croisement entre Marc-Aurèle et Wim Hof si l’on veut^^). Aussi je n’invite par là qu’à une piste de réflexion, je n’ai pas l’ambition d’enseigner ou de réformer.
Deuxièmement,
il est fortement présupposé, en corolaire du premier point, que le piratage d’une œuvre revient à la dévalorisation de la culture. Je retourne donc la chose ainsi : n’y a-t-il que l’argent qui puisse valoriser la culture (même subconsciemment) ?
Je ne crois pas. J’en tiens pour preuve mon expérience personnelle (musicien) où j’ai pu constaté qu’un grand nombre de spectateurs étaient des personnes venant à mes concerts APRES avoir découvert mon travail sur des plate-formes non rémunératrices pour moi (et pas forcément illégales d’ailleurs…). Mon travail gagnant en visibilité, je me suis vu constituer un petit noyau d’admirateurs, de plus en plus d’acteurs du milieu musical me contactaient pour des partenariats, mes concerts prenaient un peu d’ampleur, et finalement j’ai pu vivre convenablement de mon activité sans avoir à faire de concession sur mon art.
Ce dernier point relève de l’impossible dans le schéma classique de la maison de disque, quand il faut d’abord se faire connaître, et que tous les producteurs vous disent (pour schématiser) : « Fais d’abord de la soupe bien grand public, après tu pourras faire quelque chose de plus personnel ! ». Avec le partage sans restriction sur internet je n’ai pas eu à faire de cette soupe, mais je ne me suis jamais acheté de villa avec dix-huit bolides de luxe non plus.
La récompense de mon travail n’est pas l’argent en soi, mais plutôt de pouvoir continuer à faire ce que j’aime, de la façon que j’aime, pour des personnes qui apprécient mon travail et en rencontrant d’autres artistes avec lesquels je peux travailler en tout honnêteté.
J’en ai parlé en plusieurs occasions avec des personnes qui venaient à mes concerts et voulaient acheter un album comme il est coutume de le faire. Je leur explique généralement que je ne vends pas d’album, qu’ils peuvent bien pirater mes morceaux, du moment qu’ils font un travail de bouche à oreille cela me va. J’ai tout de même la rémunération de mes concerts et, pour ceux qui veulent, un compte patreon sur lequel je ne m’engage à rien d’autre que de continuer à faire mon métier sans obligations de rendements.
Et à chaque fois que j’ai cette conversation avec quelqu’un, il me dit grosso modo que cette attitude lui plaît et que plus d’artistes devraient en faire ainsi. Est-ce que cela déculpabilise les personnes ? Je ne sais pas, mais ce serait une bonne chose.
Je pense donc que beaucoup de ceux qui veulent lutter contre le piratage sont dans un schéma de grosse production (donc ont besoin de grosses recettes) et/ou veulent vivre la grande vie. J’ai d’ailleurs pu rencontrer un célèbre auteur d’une série TV de la chaîne M6 que je ne citerai pas (indice : il est aussi musicien) et réaliser à quel point, malgré sa sympathie apparente et certainement sincère, il considérait le public comme des « vaches à lait » et était très amer à l’égard du piratage auquel je crois qu’il devait finalement beaucoup.
Plus j’ai discuté avec lui et plus je me suis rendu compte que, bien qu’étant artiste au départ, il était devenu aussi un homme d’affaires ; brandissant la bannière de la culture outragée quand il parlait de son manque à gagner (sachant que sa voiture et ses vêtements laissaient supposer un train de vie très aisé).
Troisièmement,
sur un aspect moins psychologique, je dirai que le piratage force l’industrie culturelle a revoir son modèle économique.
C’est une lutte de forces contraires : des professionnels qui veulent engranger un maximum d’argent pour un minimum d’effort vs. des consommateurs/amateurs qui veulent jouir d’un maximum d’œuvres pour un minimum d’argent.
Dans ce contexte, adopter la position du « j’arrête le piratage parce que si je suis producteur de contenu je veux aussi être récompensé par de l’argent », est tout aussi dévalorisant que « je pirate parce que cela ne vaut pas la peine de payer ». Cela revient à être cantonné à cet instinct primaire d’amasseur d’or (coucou Tolkien) qui est précisément le plus efficace assassin de l’élévation par la culture.
L’ancien système de production et diffusion de la culture se meurt, les grosses fortunes et les gros producteurs qu’il a créé avec lui, et c’est très bien.
Un nouveau modèle économique voit le jour, dans lequel le public peut goûter à tout et récompenser au cas par cas (tipping), il faut simplement éduquer nos mœurs comme dans de nombreux sujets.
Les producteurs/artistes de contenu sont autant à éduquer que les consommateurs/passionnés.