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Comment devenir acteur : interview de Giles Foreman, coach d’acteur

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Crédit photo : gfca, Files Foreman Centre for Acting

 

 

Comment devenir acteur : Interview de Giles Foreman

Giles Foreman est un coach d’acteur avec qui j’ai eu l’occasion de travailler à plusieurs reprises. Son travail est libérateur et la palette variée d’exercices qu’il propose permettent aux acteurs de dépasser leurs limites tout en restant dans un cadre de travail sécurisé. J’ai personnellement travaillé sur plusieurs des exercices qu’il propose et sa façon de guider les acteurs avec assurance et douceur fait des miracles. Sa grande connaissance des classiques et sa faculté à raconter les histoires de ces personnages monumentaux de la littérature nous ouvre les portes de références culturelles trop souvent négligées par ceux qui veulent devenir acteurs de cinéma.

 

Binh : Bonjour Giles, Comment ça va ?

Giles Foreman : Ça va, enfin je pense que ça va, je viens tout juste d’atterrir ! Je suis de retour à mon quartier général ! Sous le sol de Soho ! Je suis dans la version londonienne du studio. C’est en sous-sol, sous le parc central de Soho, qui est, tu sais, à Londres, la zone qui vit 24h/24. Et nous on se cache dans notre petit oasis de jeu, sous toute cette décadence.
Binh : Alors je voudrais te poser quelques questions, très simples, sur le jeu d’acteur et ce que tu fais pour les acteurs. Donc ma première question serait :

Quelles sont les qualités nécessaires à tout acteur ?

Giles Foreman : Oh mon dieu, ok, il y a beaucoup de types d’acteurs différents, donc il y a beaucoup de types de qualités différentes, mais je pense que le dénominateur commun est, bien sûr, l’imagination. Car c’est un art. Ce sont des artistes. Donc tu as besoin, plus que n’importe quoi d’autre, d’une imagination puissante et développée.

Mais ensuite il y a aussi d’autres choses, comme le fait que les gens doivent être très libres, très instinctifs, être capable d’être incroyablement ouverts, d’être capable d’être privés en public, d’être privés tout en étant observés par le public afin que les gens puissent entrer en empathie avec eux.

Je pense que les acteurs doivent être intelligents, je sais que beaucoup de gens ne pensent pas cela, mais je pense qu’il faut avoir la capacité de vraiment pouvoir plonger dans un texte, vraiment comprendre le texte.

Et ensuite, ce sont ces étranges créatures qui combinent l’intellect et l’instinct. Ils doivent être capable d’avoir les deux, et c’est très particulier car d’habitude nous avons des intellectuels qui laissent à part l’instinct, ou bien ces créatures à l’instinct sauvage qui ne comprennent pas l’histoire qu’ils racontent.

Donc vraiment le bon acteur est celui qui parvient à combiner les deux, selon moi. Et ensuite tu as besoin d’un corps, tu dois être capable de bouger et de te transformer physiquement, et tu as besoin d’un ensemble d’autres talents aussi.

Ce sont en gros des choses qui se doivent d’être développées, c’est pour cela qu’on se forme, vraiment. C’est le but de la formation de l’acteur.

Quels sont les problèmes que les acteurs ont lorsqu’ils viennent travailler avec toi, les problèmes principaux.

Giles Foreman : oh, il y a toute une palette de problèmes qui dépendent de qui est la personne. Parce que les gens arrivent avec qui ils sont, lorsqu’ils jouent, et le fait est que c’est eux qui sont intéressants. Souvent les gens arrivent en pensant qu’ils vont jouer, afin de montrer quelque chose de diffèrent, quelque chose d’autre qu’eux-mêmes.

Donc le premier gros problème, auquel la plupart des gens font face, c’est le fait de retirer le masque, retirer ce qui est artificiel afin d’arrêter de jouer et de commencer à révéler des parties d’eux-même, et de laisser le gens connaître et voir ces parties d’eux-mêmes. C’est le gros problème auquel la plupart des gens font face, mais ensuite jouer est un processus étrange car certaines personnes sont brillantes dans certains aspects du jeu et d’autres y sont très mauvaises et vice-versa, car c’est un sujet tellement immense. Donc ça dépend vraiment de qui vous avez en face de vous dans la pièce.

Quand on a formé autant d’acteurs au fur et à mesure des années, on développe différentes tactiques selon les différents types psychologiques, si on peut dire. Une formation d’acteur est une formation sur mesure, il n’existe pas de chose telles que « cette taille convient à tous » comme type de formation. Tu dois déployer différentes techniques avec différentes personnes.  Et le talent du coach d’acteur est de comprendre qui il a dans la pièce, et qu’est-ce qui les bloque.

On a tous besoin d’une formation d’une façon ou d’une autre, personne n’est naturellement génial, c’est un mythe, d’après mon expérience.

Donc quels sont les outils que tu utilises pour amener ces acteurs à se révéler et à enlever le masque ?

 

Giles Foreman : Eh bien, nous avons une palette d’influences que nous utilisons dans la formation que nous faisons ici. Nous sommes très influencés par la technique russe de Stanislavsky. Nous avons invité des professeurs des États-unis, des professeurs qui ont évolués avec les méthodes créées après le passage des russes aux États-Unis par des gens comme Lee Strasberg, dont j’utilise l’exercice Song & Dance afin de connecter les gens à leurs instincts, afin qu’ils soient vrais, qu’ils soient véridiques. Nous utilisons son exercice du Moment Privé, afin de faire en sorte que les gens se débloquent, et qu’ils révèlent les secrets qui les font se retenir.

Nous utilisons la technique Meisner ici au studio, avec de brillants professeurs de Meisner, afin de connecter les gens à la vérité, et de canaliser leur fantaisie et leur imagination. On utilise aussi le travail de l’exercice des objets, de Uta Hagen, et vous pouvez lire tout sur cet exercice dans son merveilleux livre, Respect for acting, et il y a une série de 16 exercices, je crois, par lesquels vous pouvez passer, afin de libérer votre potentiel d’acteur.

Et tout ceci, bien entendu est combiné avec beaucoup de classes techniques de haut niveau. Nous avons, par exemple, certains des meilleurs professeurs de mouvement au monde. Nous avons la professeur de mouvement de Tom Hardi, Michael Fassbender, Colin Firth et moi-même, Liana Nyquist, qui travaille sur comment se débloquer à travers le corps. Une autre méthode pour cela est avec Janet Amsden, qui était une des assistantes de Yat Malmgren, mon gourou, mon mentor, si vous voulez. Et il a développé une formation de mouvement pour acteur très particulière, qui ciblait les blocages psychologiques, de façon très spécifique pour chaque individu.

Donc nous utilisons cela, et bien entendu une formation de la voix. La voix peut aider sur les blocages aussi. Donc on ne sait jamais vraiment ce qui va fonctionner selon l’individu. Mais au final, après un moment, on fini par abattre tout se qui se met en travers du chemin.

Et donc maintenant tu comptes ouvrir un studio d’acteurs en France, à Paris. 

Giles Foreman : Oui !

Binh : Et est-ce que ce sera les mêmes méthodes, les mêmes professeurs ?

Giles Foreman : Ce sera complètement modelé sur les mêmes techniques, sur les combinaisons d’influences que nous avons ici. Et notre méthodologie vient de ma formation au Drama Centre (method acting). Donc ce sera l’extension naturelle de ce travail. Et j’ai très hâte, car le Drama Centre, quand j’y étais formé, a toujours été dans la célébration de notre héritage culturel européen classique commun, qui est un immense et fantastique corps de travail. Et je pense qu’il est temps, en Europe, que nous célébrions cela, avec un corps de formation paneuropéen. Et nous pouvons vraiment aider à cela, car je voyage à travers toute l’Europe, pour coacher sur des films, donc j’ai une compréhension de comment fonctionne le système du cinéma moderne dans tous ces pays.

Donc c’est donner une chance aux gens de travailler à la fois à Paris et à Londres, d’avoir accès à l’industrie, avec une formation très intensive et très rigoureuse, célébrant toutes ces influences, célébrant la culture européenne. Et je pense que ce serait une première. Et j’ai très hâte de commencer cela. Je pense que l’on peut dire sans mentir qu’il y a de plus en plus de coproductions qui se développent entre les pays européens, et c’est une opportunité de pouvoir implanter cela dans une institution de formation européenne, que nous voulons créer.

Tu utilises beaucoup le mot célébrer, ça semble être très important dans ta formation. Pourquoi ?

Giles Foreman : Parce que ceci devrait être une histoire de plaisir. L’art est une histoire de plaisir, même s’il s’agit d’un plaisir douloureux. De toute évidence, très souvent, c’est extrêmement douloureux, mais on est des malades, les acteurs sont des malades et il y a un plaisir morbide dans la douleur. Donner naissance à un enfant, tout ce qui est en rapport avec la créativité implique de la douleur. Mais il y a aussi un plaisir très très profond dans cela. Et la vie est faite pour être vécue, non pas pour être déprimé.

Tu dis qu’il faut être privé en public, qu’est-ce que tu entends par là ?

Giles Foreman : Quand tu regardes un grand acteur, disons dans un film, et que tu as l’impression de le connaître, de le connaître intimement. En quelque sorte il te laisse entrer dans son monde intérieur, son monde privé, en disant viens voir, viens voir mon voyage et comment je suis. Et c’est quelque chose que Stanislavsky lui-même a découvert : que ceux qui ont la capacité d’être aussi ouverts, de vous laisser les voir, avec toutes leurs merdes autant que toutes les merveilleuses choses qu’ils ont, ce sont ceux qui évoquent l’empathie. Et le réalisme repose sur l’empathie.

Ce n’est pas comme chez Brecht avec son Verfremdungseffekt, son effet de distanciation. C’est le principe de laisser les gens voyager avec vous émotionnellement. Mais c’est très difficile à faire. Et la plupart des acteurs doivent, ( je n’ai jamais rencontré de ma vie qui que ce soit de naturellement tellement ouvert que l’on voit à travers lui), la plupart des acteurs doivent se former à laisser les gens les voir, car il faut admettre que la vie scolaire normale, l’éducation normale est basée sur le fait de faire l’opposé total de cela. Il faut se cacher, ne pas montrer, ne pas être vulnérable, ne pas être faible. Donc on doit réapprendre à être comme un enfant. Et profiter de l’intimité dont on ne profite que très rarement dans la vraie vie, et ce de façon plus intense.

Binh : Merci beaucoup.

Giles Foreman : Merci à toi !

 

Pour en savoir plus sur le travail avec Giles Foreman visitez son site : Giles Foreman Centre for Acting,  Studio de formations professionnelles pour comédiens sur Paris & Londres.

Merci à Lysandre Mbappé pour l’organisation, l’enregistrement et la traduction de cette interview.

 

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