Comment gérer sa carrière d’acteur à l’Américaine

Emmanuelle Chaulet

 

Afin de vous apporter davantage d’informations et différents points de vue sur le jeu et la carrière d’acteur, j’accueille sur le blog de nouveaux intervenants qualifiés et désireux de partager leurs connaissances avec vous. 

Emmanuelle Chaulet a accepté d’intervenir pour partager son approche de la Stratégie de carrière à l’Américaine.

 

 

 

 

 

 

 

Qu’est ce que « La stratégie de carrière à l’Américaine » ?

Après avoir vécu 25 ans aux USA en côtoyant les Américains et en complète immersion dans leur culture, je peux dire que la stratégie américaine est non pas une quelconque technique de marketing brillante et astucieuse mais tout simplement une façon d’être. Elle est profondément ancrée dans la culture américaine et donc présente un défi pour l’artiste français bercé par notre état d’esprit disons, plus négatif.

A mon avis, la réussite d’un athlète ou d’un artiste résulte pour 90 % d’une attitude mentale et seulement pour 10 % du talent. Beaucoup de gens talentueux ne réussissent pas car ils n’ont pas cette attitude mentale. C’est précisément la construction de cette attitude mentale qui est le fondement de la stratégie de carrière à l’Américaine.

Quelle est cette attitude mentale ?

Les deux slogans des campagnes qui ont élu Obama étaient YES WE CAN ! et HOPE. Ces deux notions sont au cœur de la stratégie de carrière des acteurs américains : avoir confiance que l’on pourra y arriver,  (« oui je peux ! ») et l’espoir d’y arriver (« Espoir »), c’est-à-dire la confiance en soi et l’optimisme, ou encore avoir la foi.

Dans notre culture française, ces deux états d’esprit sont difficiles à atteindre, car ils ne font pas partie de nos valeurs culturelles profondes. Nous sommes plus cyniques et critiques, et toujours inquiets d’apparaître arrogants ou présomptueux, de « sortir du lot ». Je rencontre beaucoup d’artistes français qui ont peur de se mettre en avant, de se mettre en valeur, qui s’autocritiquent constamment.

A la grande différence, l’artiste américain, lui, est très tôt encouragé, dès sa plus tendre enfance à se lancer sans peur de l’échec. Aux USA, l’apprentissage de l’écriture et de la lecture se fait au début sans aucune correction grammaticale pour permettre à l’enfant de s’exprimer sans contrainte. Alors qu’un enfant français sera très tôt soumis au jugement, à la critique, aux notes d’évaluation, à l’écoute sans participer, un enfant américain sera au contraire encouragé à écrire, parler, s’exprimer sans peur du jugement de l’autre et sans correction.

Lorsque je travaille avec un artiste français, nous cherchons à développer cette attitude mentale du possible et du positif, tout en en repérant et se détachant des voix intérieures qui font de l’auto-sabotage. Il y a tout un travail de transformation de la façon d’être, pour passer du « je n’y arriverai jamais » au « oui je peux, c’est possible ».

 

 

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Qu’est ce que le « marketing d’acteur à l’américaine » ?

Le marketing (ce fameux ‘savoir se vendre’) c’est selon le Larousse : l’ensemble des actions qui ont pour objet de connaître, de prévoir et, éventuellement, de stimuler les besoins des consommateurs à l’égard des biens et des services et d’adapter la production et la commercialisation aux besoins ainsi précisés.

Adapté au terrain de l’acteur américain, cela devient l’ensemble des actions qui ont pour objet de connaître, de prévoir et éventuellement, de stimuler les besoins des directeurs de castings (RDAs) à l’égard de l’acteur et d’adapter la présentation de l’acteur aux besoins ainsi précisés. C’est-à-dire que l’on va chercher à définir la spécificité de cet acteur ou actrice, son « type » ou ce que j’appelle sa « palette de personnages » pour ensuite élaborer une communication reflétant parfaitement ce caractère unique. C’est ce que les Américains appellent « branding » ce qui veut dire créer sa marque, son image.

Quand je travaille avec un artiste, je cherche donc avant tout à déterminer ce qui est unique, et différent des autres en elle ou lui, ce qui fait son originalité. Puis, nous élaborons ensemble une campagne de communication pour le faire savoir avec des photos, un profil internet et une bande démo. Enfin, il s’agit de chercher et contacter les RDAs (directeurs de castings) et les réalisateurs qui recherchent ce genre de profil. Par exemple, si le « type » ou la « Palette » de l’actrice est une femme forte (une juge, une flic, une politicienne), l’actrice va développer des photos, une bande démo et un profil sur cette image, et contacter les RDAs qui font la distribution de téléfilms, séries, ou de films sur ce genre de sujets. Si c’est un homme élégant et charismatique, nous développerons la campagne sur les rôles de pouvoir, d’hommes d’affaire, de séducteurs. S’il est dur et agressif, nous ciblerons les rôles de voyous, mafieux, etc…

Le marketing ce n’est donc pas de l’arrogance et chercher à dire « je suis le meilleur », mais c’est découvrir et montrer l’unicité et la spécificité de votre talent. C’est laisser la lumière de votre talent briller et la montrer de façon authentique, originale, sincère, et avec du cœur.

Mais cela n’enferme-t-il pas l’acteur ?

Bien évidemment, certains acteurs peuvent jouer des personnages très opposés. Je dirais quand même que je ne pense pas qu’on puisse tout jouer (c’est un débat intéressant), mais on peut tout à fait avoir une palette très large. Alors là, il faut savoir dans un premier temps, choisir, patienter, et présenter ce qui est le plus fort ou le plus unique, car en début de carrière on doit commencer par quelque chose de spécifique qui nous permettra d’être « découvert » et d’ouvrir cette fameuse porte close.

Ensuite, après quelques rôles, quelques films, on pourra commencer à élargir la palette. Je prends toujours l’exemple de Jennifer Lawrence, qui a commencé dans un registre de garçon manqué et de fille rebelle sur plusieurs films (Winter bones, Loin de la terre brûlée, et Hunger games) et qui seulement maintenant, joue les blondes pulpeuses et écervelées dans son dernier rôle dans American Bluff.

Les directeurs de castings et les réalisateurs ont besoin de vous reconnaître dans un style, un type, pour mieux vous placer dans leur puzzle compliqué. Si vous présentez trop de facettes différentes, vous risquez, au début, de passer dans la pile «peut-être» au lieu d’aller dans la pile «à voir absolument». C’est tout simplement une question de stratégie : il faut se faire remarquer, et se faire reconnaître. Un type, une palette de personnages bien définis vous feront sortir du lot immédiatement. Et en ciblant les films et séries qui présentent ce genre de rôles, vous multipliez vos chances d’être retenu et remarqué.

Quelle est la faiblesse la plus fréquente chez les acteurs français ?

Je dirais, c’est un manque de stratégie et surtout de patience ! Ils pensent souvent que c’est la chance et le talent qui suffiront, et qu’ils seront découverts par un agent, et que comme un prince charmant, l’agent fera que, miraculeusement, tout ira bien dans le meilleur des mondes, qu’ils auront des rôles et deviendront une star ! Et quand ça n’arrive pas, ils blâment le manque de chance et abandonnent trop vite.

Je dis, tout ça c’est un mythe ! La réussite, ça se travaille, ça se cultive comme un champ. Il faut labourer, préparer le terrain, semer, arroser, et attendre que les choses poussent, travailler tout seul, trouver des rôles tout seul, façonner une image, et ensuite, là un agent pourra peut-être s’intéresser à vous….Mais de toute façon, un agent ne signalera pas la fin de votre effort de marketing. Il vous accompagnera sur la route, vous indiquera des pistes, mais c’est vous qui serez celui ou celle qui pousse la roue pour avancer. En France, il n’y a pas de manager d’acteurs comme aux USA, c’est donc à l’acteur d’apprendre à faire tout cela et de se prendre en main. Ce travail-là, ce travail de l’ombre, ça fait aussi partie du métier, et c’est aussi du travail d’acteur.

Emmanuelle Chaulet est coach d’acteurs. Elle exerce à Paris, Hendaye et La Rochelle et à distance par Skype. Elle propose des stages de « Stratégie de carrière à l’américaine » de 35 heures qui peuvent être financés par l’AFDAS.

Elle propose aussi du coaching plus ponctuel, sur une à six sessions, pour ceux qui n’ont pas ce financement ou moins de temps. Ses spécialités sont la stratégie de carrière d’acteur, la préparation du personnage en tournage ou en casting, les blocages créatifs et le blues de la scène (apprendre à gérer cette sensation de burnout après les tournages et tournées).

Pour la contacter : www.coachingdacteurs.com

Pour recevoir gratuitement le PDF Les 5 erreurs à ne pas commettre à un casting : http://eepurl.com/N65xn

Son prochain stage en visioconférence sur 10 sessions  :  Cliquez ici ! 

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Ce livre est en anglais et apporte un éclairage majeur sur les liens entre le métier d’acteur, le jeu et les difficultés des acteurs. C’est à la fois un livre sur le jeu et sur le développement personnel nécessaire pour avancer dans sa carrière d’acteur, tout en restant sain et équilibré. Emmanuelle utilise son expérience d’actrice, de coach et d’enseignante pour partager le résultat de ses recherches sur les thérapies énergétiques appliquées au métier d’acteur.

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